grec · Stoïcisme

Ataraxia

ἀταραξία (ataraxia)

L'ataraxie n'est pas un calme qu'on installe, mais un trouble qu'on retire. Pour le stoïcien, l'âme n'est jamais agitée par les choses elles-mêmes — seulement par les opinions qu'elle porte sur elles. Ôte le jugement faux, et l'agitation tombe d'elle-même : il ne reste rien à apaiser. La tranquillité est donc l'état par défaut d'une raison qui a cessé de juger mal, non une conquête ajoutée à la nature.

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs opinions sur les choses.
Épictète, Manuel, ch. V. Librairie Ch. Delagrave, 1875 · trad. Jean-Marie Guyau · source

Le mot qui porte tout l’édifice est opinion. L’ataraxie ne se gagne pas en luttant contre les événements ni en domptant ses émotions par la force : elle apparaît dès que le jugement cesse de mal qualifier ce qui arrive. La mort, l’exil, la perte ne troublent pas par eux-mêmes — Épictète remarque que Socrate ne les a pas trouvés terribles. C’est l’opinion qui ajoute le trouble, et c’est elle, et elle seule, qui dépend de nous. Retirer le mauvais jugement, c’est retirer l’agitation à sa source.

L’ataraxie stoïcienne se distingue nettement de l’ataraxie épicurienne, qui s’obtient par la juste mesure des désirs : Épicure soustrait le trouble en bornant le désir, le stoïcien en redressant le jugement. L’un règle l’appétit, l’autre l’assentiment. À distinguer aussi de l’apatheia, qui vise l’absence de passions — un état de l’affectivité — là où l’ataraxie nomme l’absence de trouble, un état de la perception et du jugement. On peut être sans passion par discipline et rester agité par une opinion fausse ; on n’est tranquille qu’une fois l’opinion redressée. Le levier de cette correction porte un nom : la proairesis, la faculté de juger et de vouloir, seul lieu où l’homme reste maître.

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