Prosoche
προσοχή (prosochè)
La prosochè est l'attention vigilante que le stoïcien porte à lui-même à chaque instant : la surveillance continue de ses jugements, de ses désirs et de ses actes, à mesure qu'ils se forment. Ce n'est pas une concentration passagère mais une tension morale soutenue, l'exercice fondamental dont dépendent tous les autres. Sans elle, les principes restent lettre morte.
sois complètement maître de toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain, si tu t’assures bien d’aujourd’hui.
Le mot grec prosochè dérive de prosekhein ton noun, « tourner l’esprit vers », appliquer son attention. C’est l’attitude première du progressant : ne rien laisser passer de ce qui se forme en lui sans l’examiner. Sénèque en donne la formule temporelle dans sa toute première lettre — être maître de toutes ses heures, s’assurer d’aujourd’hui. La vigilance ne porte pas d’abord sur le monde, elle porte sur le sujet qui juge le monde.
Cette attention n’est pas un état acquis mais un effort qu’il faut reconduire. Elle commande le partage de ce qui dépend ou non de nous, donc l’exercice de la proairesis, et conditionne la paix de l’âme que vise l’apatheia. Relâcher la prosochè, c’est rouvrir la porte aux jugements précipités d’où naissent les passions.
À distinguer de la sati bouddhique, souvent traduite par « pleine conscience » ou présence attentive. La sati est une présence nue à ce qui est, une observation sans saisie qui laisse les phénomènes apparaître et disparaître. La prosochè, elle, est une tension : elle surveille, elle juge, elle redresse, elle se tient en garde. Présence qui accueille ≠ vigilance qui corrige.