Proairesis
προαίρεσις (proairesis)
Chez Épictète, la proairesis est la faculté de choisir : le pouvoir d'accorder ou de refuser son assentiment, de juger, de vouloir. C'est l'unique chose qu'il tient pour pleinement « à nous » (eph' hēmin), parce que rien d'extérieur — ni le maître, ni la torture, ni les dieux — ne peut l'y contraindre. Le corps, les biens, la réputation n'en dépendent pas ; la proairesis, oui. Toute la liberté stoïcienne se loge dans cette faculté, et nulle part ailleurs.
tu enchaîneras ma cuisse ; mais ma faculté de juger et de vouloir, Jupiter lui-même ne peut en triompher
Le mot grec proairesis (προαίρεσις) signifie littéralement le « choix préalable », ce qui est posé en avant (pro-) de l’action par la délibération. Avant Épictète, le terme était surtout technique chez Aristote. Épictète en fait le centre de sa morale : la proairesis est le seul lieu où l’homme est souverain, parce qu’elle seule échappe à toute contrainte extérieure. Son traducteur Guyau la rend tantôt par « volonté », tantôt par « faculté de juger et de vouloir ».
De là le partage qui ouvre le Manuel : les choses se divisent entre celles qui dépendent de nous — l’opinion, le désir, l’aversion, toutes œuvres de la proairesis — et celles qui n’en dépendent pas. Être libre, pour Épictète, ce n’est pas obtenir ce qu’on veut, c’est ne vouloir que ce qui relève de cette faculté inviolable.
À distinguer du wu-wei taoïste, qui relâche l’effort de la volonté plutôt que de le concentrer : là où Épictète fortifie un sujet maître de ses assentiments, le taoïsme tend à dissoudre le sujet dans le cours des transformations. La proairesis est une citadelle ; le wu-wei, une porte ouverte.