Wu-wei
無爲 (wú wéi)
Souvent traduit par « non-agir », le wu-wei n'est pas une passivité ni une abstention. C'est l'agir qui ne force pas, qui s'accorde au cours des choses (tao) et n'introduit pas de friction inutile. L'action sans agent crispé, sans projet imposé au réel.
Le saint pratique le non-agir, et tout se gouverne ; il pratique l'enseignement sans paroles, et tous les êtres se développent.
Le wu-wei n’est pas l’inaction. Le caractère 為 (wéi) désigne l’agir volontaire, projeté, intentionnel. 無 (wú) signifie « ne pas avoir », « sans ». Wu-wei : agir sans cet agir-là. C’est l’opposé du yǒu wéi (有為), l’agir interventionniste, celui qui croit améliorer en forçant.
Le moyeu vide du chapitre 11 du Tao Te King illustre la même idée du côté des choses : c’est le vide au centre de la roue qui rend possible le mouvement, comme c’est le vide du potier qui fait le récipient utile. Le wu-wei est l’éthique correspondant à cette ontologie du vide actif.
À distinguer de l’apatheia stoïcienne (impassibilité face aux passions, qui suppose au contraire un travail intérieur soutenu) et de l’ataraxia épicurienne (absence de troubles obtenue par un calcul des plaisirs). Le wu-wei ne se cultive pas, il se laisse advenir.