Occupatio
occupatio
L'occupatio est l'affairement : l'état de l'homme accaparé par ses occupations (negotium), qui se disperse en tâches au point de ne plus s'appartenir. Pour Sénèque, ce n'est pas l'activité elle-même qui est en cause, mais la perte du temps qu'elle entraîne par négligence — la plus honteuse des pertes, puisque c'est nous qui l'infligeons. L'affairé a une vie pleine d'agitation et vide d'usage.
la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait.
Le mot latin occupatio vient d’occupare, « s’emparer de, prendre possession ». L’homme affairé — l’occupatus — est celui qui s’est laissé prendre : ses journées sont saisies, accaparées, et c’est le temps, son seul bien propre, qui lui échappe. Sénèque oppose constamment cet affairement (negotium) à l’otium, le loisir studieux qui n’est pas oisiveté mais reprise de soi : l’examen, la lecture, la philosophie. Compter son temps, pour lui, c’est le soustraire à l’occupation pour le rendre à cet usage-là.
L’affairement n’est donc pas mesuré à la quantité de travail, mais à la dépossession qu’il produit. On peut être débordé et vivre, on peut être désœuvré et se perdre ; ce qui décide, c’est de savoir « ce que vaut un jour ». La critique stoïcienne de l’occupatio vise moins la fatigue que l’inadvertance — vivre « à faire autre chose que ce qu’on devrait », sans jamais s’aviser que chaque journée révolue est déjà passée du côté de la mort.
À distinguer de l’oisiveté que les moralistes condamnent. L’oisif ne fait rien ; l’affairé fait sans cesse — et c’est précisément son agitation qui le dérobe à lui-même. L’otium sénéquien n’est pas le repos contre le travail, mais la garde de soi contre l’éparpillement : une activité, la plus exigeante, tournée vers le dedans. Affairement qui disperse ≠ loisir qui rassemble.