grec · Philosophie occidentale

ἕν

Principe d'unité absolue, antérieur et supérieur à toute multiplicité. L'ἕν désigne l'origine simple et indivisible de l'être, d'où émane toute diversité sans jamais se diviser lui-même. Il n'est pas une chose parmi d'autres, mais ce par quoi les choses sont, en tant qu'elles participent à une unité qui les dépasse. Sa nature est d'être à la fois transcendant et immanent : il fonde l'être sans s'y réduire.

La première considération qui se présente à notre esprit, c’est que chaque corps soit d’animal soit de plante est multiple par les couleurs, les formes, les grandeurs, les espèces des parties, la diversité de leur position, et que toutes ces choses cependant proviennent de l’unité, soit de l’Un absolument simple, soit de l’habitude de l’unité universelle, soit d’un principe qui ait plus d’unité, par conséquent plus d’être que les choses qu’il produit, parce que, plus on s’éloigne de l’unité, plus on s’éloigne aussi de l’être.
Plotin, Ennéades, Ennéades. · trad. M.-N. Bouillet (1857-1861) · source

L’ἕν n’est pas une unité numérique ou une somme de parties, mais l’unité pure, antérieure à toute distinction. Dans le passage cité, il apparaît comme le fondement invisible de la multiplicité visible : les corps, avec leurs couleurs, leurs formes et leurs positions diverses, ne tiennent leur existence que d’un principe qui les précède et les dépasse. Cette unité n’est pas une propriété des choses, mais ce qui leur permet d’être une chose plutôt que rien. Elle n’est pas non plus un concept abstrait, mais une réalité active, source de toute détermination.

Ce qui caractérise l’ἕν, c’est son absolue simplicité. Il n’a ni parties ni attributs, car toute division ou qualification supposerait une multiplicité qui le contredirait. Pourtant, c’est de lui que procède toute multiplicité, comme le suggère la citation : les êtres composites (animaux, plantes) ne sont possibles que parce qu’ils participent à une unité plus haute. Cette participation n’est pas une dilution de l’ἕν dans le multiple, mais une dépendance du multiple envers lui. Plus une chose est proche de l’ἕν, plus elle est être ; plus elle s’en éloigne, plus elle tend vers le non-être, c’est-à-dire vers la dispersion et l’indétermination.

L’ἕν n’est donc pas un objet de connaissance, mais ce qui rend la connaissance possible. Il ne se saisit pas par l’intellect, qui opère toujours par distinctions, mais par une intuition qui dépasse la pensée discursive. Il n’est pas non plus un but à atteindre, mais ce qui est toujours déjà là, comme la condition même de toute recherche. Dans le texte de Plotin, cette présence se manifeste par l’évidence même de la multiplicité : si les choses sont multiples, c’est qu’elles ne sont pas l’ἕν, et pourtant, elles ne peuvent être que par lui.

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