Urihi
urihi a
Mot yanomami que Davi Kopenawa donne pour répondant — et pour correction — de ce que les Blancs nomment « la nature » : la terre-forêt, étendue vivante et indivise où sol, arbres, gibier, rivières, humains et esprits xapiri habitent ensemble. Urihi n'est ni un décor ni une réserve : elle est vivante, défendue par les esprits, et les humains en sont des habitants parmi d'autres. Élargi de proche en proche, urihi a pree, « la grande terre-forêt », désigne le monde entier — nos villes comprises.
Ce qu'ils nomment « la nature », c'est, dans notre langue très ancienne, urihi a, la terre-forêt, mais aussi son image, visible aux seuls chamans, que nous appelons Urihinari, l'esprit de la forêt. C'est grâce à elle que les arbres sont vivants.
Le français doit coudre deux noms — terre-forêt — pour approcher ce que le yanomami dit d’un seul. Urihi n’est pas une végétation posée sur un sol : c’est la terre et la forêt indivises, avec tout ce qui y vit, et encore son image, Urihinari, l’esprit de la forêt que seuls les chamans voient. Là où « la nature » désigne chez nous ce qui n’est pas humain, urihi inclut ses habitants : on n’est pas devant elle, on est dedans.
Davi Kopenawa s’en sert pour faire le tri dans nos mots. « Milieu naturel », « environnement » : il y entend ce qui reste — « ce qui reste de la terre et de la forêt blessées avec leurs machines », des parcelles qu’on ménage autour de soi parce que le reste est déjà perdu. « La terre ne doit pas être découpée par le milieu », objecte-t-il : on ne découpe pas ce dont on fait partie sans se couper soi-même. D’où l’extension du mot : urihi a pree, la grande terre-forêt, est le nom que sa langue donne au monde entier. Penser depuis urihi, c’est tenir le monde pour une forêt agrandie — non la forêt pour un reste de monde.
Chaque peuple nomme ce rapport à sa manière, et les mots ne se confondent pas : le kamuy ainu dit l’être singulier qu’on accueille comme un hôte, l’ovoo touva le lieu qui a un maître, puhpowee la force qui fait surgir. Urihi dit autre chose : la totalité vivante et habitée, qui ne survit qu’entière.