Yorro Yorro
yorro yorro
Mot redoublé de la langue ngarinyin (Kimberley, nord-ouest de l'Australie), que l'aîné David Mowaljarlai donne pour cœur de sa loi. Il nomme la création non comme un acte achevé dans le passé, mais comme un présent continu : « tout se dresse, vivant ». Les esprits Wandjina ont façonné le pays aux temps premiers, mais leur œuvre n'est pas close — la nature se renouvelle « sous toutes ses formes », et le monde recommence à chaque aube. Le redoublement du mot porte ce sens : la permanence n'est pas l'immobilité d'une chose, mais la continuité d'un recommencement. Mot partagé avec les peuples voisins worora et wunambal, au sein de la même culture des Wandjina.
His deeds are Yorro Yorro, everything on earth brand new and standing up. Yorro Yorro is continual creation and renewal of nature in all its forms.
Le mot est dit deux fois, et c’est tout le sens. Là où le français range « la création » au passé — un ouvrage achevé dont nous habiterions le résultat —, le ngarinyin la maintient au présent. Yorro yorro : tout se dresse, vivant, et ne cesse pas de se dresser. Mowaljarlai en donne lui-même l’exemple décisif : des abeilles du Kimberley, nées d’hier mais formant « les mêmes essaims, les mêmes communautés » que ceux installés aux temps premiers. Aucune n’est l’abeille d’origine ; le Système de la Ruche, lui, n’a jamais cessé d’être là.
La permanence dont parle le mot n’est donc pas celle d’une chose immobile, c’est la continuité d’un recommencement. Le monde dure *parce qu’*il se refait. C’est ce qui sépare nettement Yorro Yorro d’une création biblique au prétérit : il n’y a pas de septième jour, pas d’œuvre close derrière nous. La loi confie le pays à ses gardiens pour que l’Idée du Wandjina « continue » — la création comme une tâche jamais finie, et non comme un événement révolu.
Comme la grammaire de l’animéité chez Kimmerer ou le puhpowee potawatomi, c’est un mot qui change le temps du verbe : il ne décrit pas la nature, il la conjugue comme ce qui se tient debout, maintenant.