Wunnan
wunnan
Mot de la langue ngarinyin (Kimberley, nord-ouest de l'Australie) que l'aîné David Mowaljarlai donne pour la loi sous laquelle tout retombe : le Système du partage. Le Wunnan règle d'un même tenant le don des biens, l'échange des savoirs et le mariage — non comme une vertu de générosité laissée au choix de chacun, mais comme la structure obligée qui empêche d'accumuler et d'être seul. Fondé aux temps premiers par deux Hommes-Engoulevent, Wodoi et Djingun, en un lieu précis ; il fixe les « peaux » (les sections de parenté) et, par elles, relie des groupes répartis sur tout le continent. À chaque carrefour de l'échange se tient un <em>duat</em>, celui qui décide de la juste distribution. Identité et place dans le réseau du partage ne font qu'un : se nommer, c'est déjà dire de qui l'on reçoit et à qui l'on doit.
At this place the great Wunnan, the Sharing System, and the Marriage Law, came into being.
Le mot tient sous lui trois choses que le français sépare : donner, échanger, se marier. Mowaljarlai en fait une loi — « tout est sous le seul mot, Wunnan » —, et le redit comme une évidence de structure, non comme un idéal moral surajouté à la société. Là où nous tenons le partage pour une qualité du cœur, qu’on peut avoir ou n’avoir pas, le Wunnan est la charpente : ce qui circule doit circuler, et nul ne garde pour soi le surplus qui ferait de lui un isolé.
Sa portée n’est pas locale. La loi des « peaux » fixée par Wodoi et Djingun court d’un bout à l’autre du continent : Mowaljarlai raconte qu’il suffit, à l’autre extrémité de l’Australie, de dire sa peau pour qu’on lui assigne aussitôt sa place et ses parents. Le Wunnan ne relie donc pas des individus généreux, il relie des positions dans un même tissu d’obligations. À chaque nœud, un duat arbitre le passage des biens.
Comme le minidewak potawatomi ou le hau māori, c’est un mot qui range le don du côté de la loi, non du sentiment — mais chez Mowaljarlai la distinction est tranchée : ici le partage n’est pas une dette qui revient, c’est l’ordre même qui tient les groupes ensemble.