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Puhpowee

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Mot potawatomi (langue anishinaabe) que la botaniste Robin Wall Kimmerer reçoit de l'ethnobotaniste Keewaydinoquay : la force par laquelle les champignons sortent de terre au cours de la nuit. Il nomme une énergie vitale invisible, qui anime le vivant, et pour laquelle les langues scientifiques — « langages d'objets » — n'ont pas d'équivalent.

la force par laquelle les champignons sortent de terre au cours de la nuit
Robin Wall Kimmerer, Tresser les herbes sacrées, Chapitre 6, « Apprendre la grammaire du vivant » (citant l'ethnobotaniste Keewaydinoquay). Le lotus et l'éléphant, 2021

Puhpowee tient en trois syllabes ce qu’un traité de biologie ne sait pas dire. Kimmerer le découvre chez Keewaydinoquay, ethnobotaniste anishinaabe, dans un ouvrage sur les usages traditionnels des champignons : le mot désigne la poussée nocturne par laquelle le champignon surgit de la terre. Non pas « croissance », terme neutre et mesurable, mais une force — une énergie qui anime, que la langue scientifique, faute de grammaire pour le sujet vivant, laisse sans nom.

Là est l’enjeu, et il dépasse la mycologie. Pour Kimmerer, la science parle un « langage d’objets » : elle décrit un monde de choses. Le potawatomi, lui, conjugue le vivant comme un sujet. Puhpowee suppose que le champignon n’est pas un mécanisme observé du dehors mais un être traversé d’une vie propre. Nommer cette force, c’est restituer au monde une animacité que la traduction en langues européennes avait effacée — ce que Kimmerer appelle la grammaire du vivant.

À ne pas confondre avec une métaphore poétique plaquée sur un fait botanique : puhpowee n’embellit pas l’observation, il change la grammaire qui la rend possible. Là où le français range le champignon parmi les choses, le potawatomi le range parmi les vivants qui agissent. Le mot n’ajoute pas du sens au réel : il en ouvre une part que notre langue tenait close.

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