biiskabiyang
le retour à soi
Mot nishnaabemowin porté par l'écrivaine michi saagiig nishnaabeg Leanne Betasamosake Simpson (As We Have Always Done, 2017) : le processus — individuel et collectif — du retour à soi : reprendre ce qu'on a laissé derrière soi, réémerger, se déplier du dedans vers le dehors. Pas une marche arrière : un retour au présent, qui se fait par les pratiques (la langue, la pêche, le riz sauvage, la cérémonie) et non par l'introspection. Chez Simpson, il nomme la décolonisation et la résurgence vécues de l'intérieur.
Biiskabiyang—the process of returning to ourselves, a reengagement with the things we have left behind, a reemergence, an unfolding from the inside out—is a concept, an individual and collective process of decolonization and resurgence.
La graphie est celle du livre — biiskabiyang — et le mot vient de la lignée savante nishnaabeg : Simpson renvoie à son propre Dancing on Our Turtle’s Back (2011) et aux travaux de la chercheuse anishinaabe Wendy Makoons Geniusz. « Le retour à soi » n’est qu’un rendu français maison, signalé comme tel.
Le manque qu’il comble est net. Le français a « se retrouver » (privé, introspectif, suspendu aux états d’âme), « se ressourcer » (une parenthèse, avant de reprendre comme avant), « revenir en arrière » (la nostalgie). Il n’a pas de mot pour un retour qui soit à la fois individuel et collectif, tourné vers le présent, et qui passe par les mains : on revient à soi en repêchant, en récoltant le riz sauvage, en réapprenant la langue — parce que le soi visé n’est pas un dedans mais un tissu de relations et de pratiques. Les aînés de Long Lake #58 le montraient sans le dire : interrogés sur la gouvernance, ils parlaient de piégeage ; sur les traités, ils emmenaient pêcher. La théorie logeait dans la pratique.
Le mot est si peu psychologique que Simpson l’applique à une nation animale : dans un récit qu’elle reprend, les chevreuils blessés par l’irrespect quittent le territoire et se retournent vers le dedans pour se rebâtir comme nation — a turning inward toward the essence, un retournement vers l’essence.
Comme la terre remémorée de Momaday (kiowa), biiskabiyang refuse que ce qui a été perdu soit simplement perdu — mais autrement : Momaday tient la terre par la mémoire et la parole, Simpson y revient par le geste refait. Et comme akinananti (shipibo-konibo), il pense l’agir d’abord comme lien : ce qu’on fait ensemble fait ce qu’on est. Puhpowee vient de la même famille de langues anishinaabe — chez les Potawatomi de Kimmerer, nation voisine et distincte des Nishnaabeg de Simpson.