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Nishnaabewin

la totalité des manières nishnaabeg

Mot nishnaabemowin porté par l'écrivaine michi saagiig nishnaabeg Leanne Betasamosake Simpson (As We Have Always Done, 2017) : « tout cela » — l'ensemble des pratiques, des savoirs et de l'éthique qui font les Nishnaabeg et construisent leur monde (la langue, la pêche, le riz sauvage, la cérémonie, la gouvernance). Non un corpus de doctrine qu'on posséderait, mais une intelligence qui se génère en la vivant, au contact d'Aki, la terre — « le contexte est le programme, et la terre est le contexte ». On ne s'en diplôme pas : c'est un don qui se pratique et se reconduit.

the term Nishnaabewin—all of the associated practices, knowledge, and ethics that make us Nishnaabeg and construct the Nishnaabeg world
Leanne Betasamosake Simpson, As We Have Always Done: Indigenous Freedom through Radical Resistance, chap. 1, « Nishnaabeg Brilliance » (citation en anglais). University of Minnesota Press, 2017

La graphie est celle du livre — Nishnaabewin — et le mot relève de la lignée savante nishnaabeg : Simpson l’emploie comme l’équivalent, dans sa propre nation, de ce que le théoricien politique déné Glen Coulthard nomme grounded normativity, la normativité enracinée. « La totalité des manières nishnaabeg » n’est qu’un rendu français maison, signalé comme tel.

Le manque qu’il comble est précis. Le français range d’un côté un savoir (un contenu qu’on accumule et qu’on transmet), de l’autre une culture (un patrimoine qu’on conserve), ailleurs encore une éthique ou une politique. Il n’a pas de mot pour l’unité vivante de tout cela : un ensemble de pratiques, de récits, de gestes et de relations qui ne se mémorise pas mais se génère en le faisant, et qui se défait dès qu’on cesse de le pratiquer. Nishnaabewin n’est pas un nom d’objet, c’est presque un verbe : une génération continue.

C’est pourquoi Simpson en tire une pédagogie. Le savoir ne descend pas d’un maître vers un élève ni ne se thésaurise dans une tête au repos : la seule chose qui ne produit pas de savoir, c’est la pensée en elle-même et pour elle-même. Il se génère par le geste, au contact de la terre — la terre, Aki, est à la fois le contexte et le processus. L’enfant qui découvre le sucre d’érable en imitant un écureuil n’a pas reçu une information : elle a été placée dans un monde qui l’a menée à savoir.

Comme biiskabiyang, l’autre mot de Simpson, il refuse de séparer la pensée du geste — mais autrement : biiskabiyang est le mouvement (le retour à soi), Nishnaabewin le champ où l’on revient. Et comme akinananti (shipibo-konibo) et ngal (le « nous-deux » de Yunkaporta, apalech), il tient que connaître est d’abord une affaire de relation et d’acte partagé, non d’un esprit solitaire face à ses objets.

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