kobade
un maillon dans une chaîne
Mot nishnaabemowin rapporté par l'écrivaine michi saagiig nishnaabeg Leanne Betasamosake Simpson (As We Have Always Done, 2017), qui le tient de l'aînée Edna Manitowabi : un seul terme pour désigner les arrière-grands-parents ET les arrière-petits-enfants — un maillon dans la chaîne entre les générations, les nations, les états d'être et les individus. Par extension, la lignée et la nation elles-mêmes, « un long kobade qui cycle à travers le temps », noué à toutes les nations du vivant. Le locuteur ne se pense pas au bout de sa lignée mais comme un maillon, tenu et tenant, avec une obligation tournée vers l'aval : donner plus qu'on ne prend, pour le kobade à venir.
kobade is a word we use to refer to our great-grandparents and our great-grandchildren. It means a link in a chain—a link in the chain between generations, between nations, between states of being, between individuals.
La graphie est celle du livre — kobade — et le mot ne vient pas de Simpson seule : elle le rapporte de l’aînée Edna Manitowabi. « Un maillon dans une chaîne » n’est qu’un rendu français maison de la glose que Simpson en donne, signalé comme tel.
Le manque qu’il comble tient à une singularité : kobade désigne d’un même mot les arrière-grands-parents et les arrière-petits-enfants. Le français sépare ce que le nishnaabemowin réunit — nous avons « ancêtres » et « descendants », deux mots pour deux directions, et un sujet qui se tient au milieu comme à un poste d’observation. Kobade tient les deux bouts d’un seul tenant, parce que le même lien les traverse : celui qui parle n’est pas au terme de sa lignée, il en est un maillon, pris entre deux prises. I am a link in a chain. We are all links in a chain.
Le mot déborde vite la parenté humaine. Simpson appelle sa propre nation a long kobade, cycling through time — un long kobade qui cycle à travers le temps : un tissu de liens noués aux nations végétales, aux nations animales, aux rivières, aux lacs, au cosmos. Et il porte une éthique tournée vers l’aval plus que vers l’amont : we should give more than we take, donner plus qu’on ne prend, pour que le kobade à venir survive et prospère.
À distinguer du whakapapa māori, qui relie lui aussi tous les êtres par la descendance : le whakapapa se récite comme une généalogie qui remonte à l’origine et rattache le présent à ses sources ; kobade nomme d’abord les deux extrémités vivantes de la chaîne et incline vers ce qui vient. L’un ancre en nouant au commencement ; l’autre oblige en tendant vers la suite. Et là où biiskabiyang, autre mot de Simpson, nomme le mouvement — le retour à soi —, kobade nomme la forme : la chaîne dont on est un anneau.