français · Philosophie occidentale

Reliance

Néologisme repris par Edgar Morin (au sociologue Marcel Bolle de Bal) pour nommer l'acte de relier ce que la pensée disjonctive sépare : les connaissances entre elles, les parties au tout, le local au global. La reliance n'est pas une donnée mais un effort — le travail par lequel l'esprit recoud ce que la spécialisation a découpé. Elle est le versant actif de la pensée de la complexité.

une pensée de la reliance qui puisse relier les connaissances entre elles, relier les parties au tout, le tout aux parties
Edgar Morin, La Voie, Chapitre « La réforme de la pensée ». Fayard, 2011

Le mot dit son geste : re-lier. Morin l’oppose terme à terme à la disjonction, ce réflexe de la connaissance moderne qui isole pour mieux maîtriser — la discipline coupée de ses voisines, le fait coupé de son contexte, l’humain coupé de la nature. À mesure que le savoir s’est spécialisé, il a produit des connaissances séparées que plus personne ne tient ensemble ; la reliance est le travail qui répare cette coupure.

Elle n’est donc pas une fusion ni une synthèse qui dissoudrait les différences. Relier suppose de maintenir les termes distincts : on ne relie que ce qui reste deux. C’est en cela qu’elle est inséparable de la complexité — penser le complexus, ce qui est tissé ensemble, c’est précisément exercer la reliance.

On peut entendre une résonance avec la noosphère de Teilhard de Chardin, où la pensée humaine forme une enveloppe qui relie la planète. Mais là où Teilhard décrit une évolution cosmique tendue vers un point d’unité, Morin reste au ras de l’épistémologie : la reliance n’est pas un destin de l’esprit, c’est une exigence de méthode. La reliance ≠ la fusion : la première relie en préservant les distinctions, la seconde les efface.

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