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a sea of islands

une mer d'îles

Manière de voir l'Océanie proposée par le penseur tongien Epeli Hauʻofa (Our Sea of Islands, 1993) — en anglais, sa langue d'écriture, et non un mot d'une langue océanienne. Elle s'oppose terme à terme aux « îles dans une mer lointaine » (islands in a far sea), le regard continental et colonial qui voit dans le Pacifique de minuscules surfaces de terre éparpillées dans un océan-vide, et qui en souligne la petitesse, l'éloignement, l'isolement. La mer d'îles renverse l'accent : l'océan n'est pas l'intervalle qui sépare, mais le milieu qui relie ; on ne mesure plus les îles à l'étendue de leurs terres mais à la totalité de leurs relations — routes de navigation, parenté, échanges tissés sur des millénaires. Pour les peuples de la mer, l'océan est le foyer, non l'abîme. Chez Hauʻofa, le retournement est une arme : contre le discours qui condamnait les États du Pacifique à la dépendance, rendre à un monde son ampleur.

There is a gulf of difference between viewing the Pacific as 'islands in a far sea' and as 'a sea of islands'. The first emphasises dry surfaces in a vast ocean far from the centres of power. When you focus this way you stress the smallness and remoteness of the islands. The second is a more holistic perspective in which things are seen in the totality of their relationships.
Epeli Hauʻofa, Our Sea of Islands, A New Oceania: Rediscovering Our Sea of Islands (citation en anglais). University of the South Pacific, Suva, 1993 ; repris dans The Contemporary Pacific 6/1, 1994

L’expression est de Hauʻofa, pas d’une langue océanienne : un penseur tongien qui écrit en anglais la manière dont les peuples de la mer ont tenu leur monde — « une mer d’îles » n’est ici qu’un calque français maison, signalé comme tel. Honnêteté de provenance : les deux formules jumelles — islands in a far sea / a sea of islands — Hauʻofa les attribue à son collègue Eric Waddell ; le renversement et tout ce qu’il en déploie sont son œuvre.

Le manque qu’elle comble est précis. Le français a « archipel » (un groupe d’îles), « insularité » (le fait d’être coupé) — il n’a pas de mot pour l’idée inverse : un monde dont l’eau est le lien et non la coupure, mesuré par ses relations et non par ses surfaces. La mer d’îles nomme exactement ce basculement du regard, et le rend contagieux : dès qu’on l’a vu, on ne mesure plus de la même façon ce qui est « petit » ou « isolé ».

Comme urihi chez Kopenawa, elle refuse que l’espace soit un simple dehors objectivé — mais autrement : urihi conteste l’objet « nature », la mer d’îles conteste la carte qui fragmente et rapetisse. Et comme bandaiyan, le continent-corps de Mowaljarlai, elle tient ensemble une étendue que nos découpages séparent ; là un corps unique, ici une eau qui relie.

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