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sacred geography

géographie sacrée

Expression de Vine Deloria Jr. (God Is Red, 1973) — en anglais, sa langue d'écriture, et non un mot d'une langue autochtone. Elle nomme le nouage de l'histoire et du sol par lequel, dans beaucoup de pensées premières d'Amérique, chaque lieu d'un territoire d'origine porte les récits — migrations, révélations, événements fondateurs — qui ont fait le peuple ce qu'il est. Le sacré n'y flotte pas dans une chronologie : il a un centre en un endroit précis (rivière, montagne, plateau) qu'on peut nommer et où l'on revient. Deloria l'oppose à une religion du temps, où la vérité tient à un événement daté et peut, pour cela, être déracinée et exportée partout : une géographie sacrée, elle, ne se transplante pas, car sa vérité est là où la chose a eu lieu.

Indian tribes combine history and geography so that they have a "sacred geography," that is to say, every location within their original homeland has a multitude of stories that recount the migrations, revelations, and particular historical incidents that cumulatively produced the tribe in its current condition.
Vine Deloria Jr., God Is Red: A Native View of Religion, The Spatial Problem of History, ch. 7 (citation en anglais). Fulcrum Publishing, éd. du 30ᵉ anniversaire 2003 (1ʳᵉ éd. 1973)

L’expression est de Deloria, pas d’une langue dakota : un penseur sioux qui écrit en anglais la manière dont beaucoup de nations premières d’Amérique ont tenu leur terre. « Géographie sacrée » n’en est qu’un calque français maison, signalé comme tel. Le manque qu’elle comble est précis : le français a « géographie » (la description d’un espace), « histoire sainte » (une suite d’événements datés), « lieu saint » (un point isolé) — il n’a pas de mot pour un territoire entier où chaque endroit est à la fois une page d’histoire et un lieu de révélation, et où c’est l’espace, non le temps, qui ordonne le sacré.

Chez Deloria, le mot sert une opposition tranchée : religion de l’espace contre religion du temps. La première situe ce qui compte — No one can say when… but everyone is fairly certain where (« nul ne peut dire quand, mais chacun sait où ») ; la seconde le date, et croit pouvoir le porter partout parce que sa référence est un alors, non un ici. D’où la conséquence : une vérité logée dans le temps s’exporte en se déracinant ; une vérité logée dans l’espace tient parce qu’elle ne quitte pas son sol.

Comme urihi chez Kopenawa, elle refuse que la terre soit un simple dehors — mais autrement : urihi est vivante en elle-même, la géographie sacrée est un savoir tissé de récits attachés à des lieux. Et comme la terre remémorée de Momaday, elle fait de la terre un savoir qui se transmet par la parole — chez Momaday tenu par la mémoire d’un esprit, ici inscrit dans la carte d’un peuple.

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