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Utupë

Mot yanomami que Davi Kopenawa traduit par « image ». Tout existant — animal, arbre, ancêtre — possède une utupë reçue au temps des origines : non le reflet de l'être mais son véritable centre, son dedans durable, que le chamane seul peut « appeler » et « faire descendre ». Quand cette image vient danser, elle devient xapiri, esprit auxiliaire. Renversement de notre ontologie : ici l'image n'est pas la copie de la chose, c'est la chair qui est l'enveloppe passagère de l'image.

Tous les êtres de la forêt possèdent une image utupë. […] Ce sont elles le véritable centre, le véritable intérieur des animaux que nous chassons.
Davi Kopenawa, La Chute du ciel, Chapitre IV, « Les ancêtres animaux ». Plon, coll. Terre humaine, 2010 · trad. Bruce Albert (du yanomami)

Pour Davi Kopenawa, chaman et porte-parole yanomami, le monde n’est pas peuplé de choses mais d’images. Chaque vivant porte une utupë — une image d’origine, fixée au premier temps —, et cette image n’est pas son ombre : elle est « le véritable centre, le véritable intérieur » de l’être. Le tapir que l’on chasse et l’image lumineuse du tapir que le chamane fait venir ne sont pas le même : l’un est l’enveloppe périssable, l’autre l’animal vrai.

Le mot dérange notre grammaire de l’image. Dans les langues européennes, l’image vient après la chose : copie, reflet, portrait, photographie — toujours seconde, toujours un peu moins réelle que ce qu’elle reproduit. Kopenawa inverse l’ordre. L’utupë précède la chair et lui survit ; c’est elle le réel, et le corps n’en est que la surface passagère. Le « vrai gibier », dit-il, n’est pas la viande qu’on rapporte, mais cette image que nul ne peut manger.

À distinguer du xapiri : l’utupë est l’image que tout être possède ; le xapiri est cette image une fois appelée par le chamane et devenue esprit qui danse. L’une est l’état latent, l’autre l’image en acte. À ne pas confondre non plus avec une « croyance » animiste vague : c’est une cosmologie réglée, où le commerce avec les images est un savoir exigeant — offert aux étrangers par Kopenawa, jamais livré tout entier.

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