Animisme
Chez Philippe Descola, l'animisme n'est pas une croyance archaïque prêtant une âme aux choses, mais l'une des quatre manières d'identifier les existants — celle qui suppose entre humains et non-humains des intériorités semblables et des physicalités différentes. Un esprit identique loge dans des corps distincts : l'ours, le tapir, la rivière ont une âme comme la mienne, mais un corps qui leur donne un autre point de vue. C'est la formule inverse du naturalisme moderne, qui nous unit par la matière et nous sépare par l'esprit.
Dans l’animisme « standard », les humains disent que des non-humains se perçoivent comme des humains parce que, en dépit de leurs formes différentes, ils ont les uns et les autres des intériorités (des âmes, des subjectivités, des intentionnalités, des positions d’énonciation) semblables.
Descola reprend un mot longtemps péjoratif — l’animisme des évolutionnistes, stade enfantin de l’esprit qui peuplerait le monde d’esprits — et le retourne. Ce qu’il conserve du terme, c’est une seule caractéristique, lisible dans son étymologie : « l’imputation par les humains à des non-humains d’une intériorité identique à la leur ». Non pas un délire projectif, mais une ontologie cohérente, l’une des quatre que reconnaît son anthropologie comparée.
La machine se comprend par ses contrastes. Quatre combinaisons naissent du jeu des ressemblances et des différences « entre moi et autrui sur les plans de l’intériorité et de la physicalité ». L’animisme : intériorités semblables, physicalités différentes. Le naturalisme — le nôtre : l’inverse exact, une même matière universelle qui nous relie aux bêtes, des esprits qui nous en séparent. Restent le totémisme et l’analogisme. Aucune n’est plus vraie qu’une autre : ce sont des grammaires du monde, des égards accordés différemment aux vivants. Là où le chasseur amazonien parle au xapiri parce qu’il lui suppose une âme, le moderne range le même être parmi les objets de la nature.
L’animisme de Descola ≠ l’animisme des manuels anciens : celui-ci désigne une erreur cognitive, une survivance à dépasser ; celui-là, une ontologie aussi rigoureuse que la nôtre. Et l’animisme ≠ le naturalisme : le premier unifie par l’intériorité et disjoint par le corps, le second unifie par le corps et disjoint par l’esprit.