pali · Bouddhisme

Karuṇā

karuṇā (sct. karuṇā)

La compassion : le mouvement intérieur qui veut voir cesser la souffrance d'autrui. Deuxième des quatre « demeures sublimes » (brahmavihāra). Le Dhammapada emploie le mot français de Hû au verset 270, qui fait de la compassion pour tous les êtres la marque de l'accompli.

On n’est point un Arhat parce qu’on fait du mal aux êtres animés. Celui qui est plein de compassion pour tous les êtres, — voilà celui qu’on appelle « un Arhat ».
trad. attribuée à Bouddha, Dhammapada, Chapitre XIX (Le Juste), 270. Ernest Leroux, 1878 · trad. Fernand Hû · source

Le mot pali karuṇā (identique en sanskrit) tient de la racine kṛ, agir : plus qu’un attendrissement, c’est l’élan qui se porte vers la souffrance d’autrui pour la voir cesser. C’est la deuxième des quatre brahmavihāra, les « demeures sublimes » : bienveillance, compassion, joie altruiste, équanimité. Si la mettā souhaite le bonheur de tous, la karuṇā se tourne vers ceux qui souffrent.

Ici, fait rare dans le Dhammapada, le mot français du traducteur coïncide avec le concept pali. Au verset 270, Fernand Hû écrit : « Celui qui est plein de compassion pour tous les êtres, — voilà celui qu’on appelle un Arhat. » Le verset définit l’accompli moins par ses pouvoirs que par cette disposition : ne « point faire de mal aux êtres animés » et, au-delà de cette abstention, être « plein de compassion ». Le verset 225 trace la même ligne en creux : « les munis, qui ne font de mal à personne […] arrivent à la demeure inébranlable ».

La compassion est ainsi le versant positif de l’absence de violence : ne pas nuire en est le seuil, vouloir soulager en est l’accomplissement. Elle relie l’éthique à la délivrance, car celui qui s’est défait de la haine et de la soif n’a plus de raison de nuire — la non-nuisance n’est plus contrainte mais nature.

Karuṇā ≠ pitié condescendante. La pitié regarde de haut et garde sa distance ; elle peut même se complaire dans le malheur d’autrui comme dans un spectacle. La compassion bouddhique ne surplombe pas : elle reconnaît une souffrance commune à tous les êtres. Et son « ennemi proche » est le chagrin qui se laisse contaminer — d’où sa nécessaire tenue par l’équanimité : compatir sans sombrer, agir sans s’agiter.

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