pali · Bouddhisme

Taṇhā

taṇhā (sct. tṛṣṇā)

La soif, l'avidité qui agrippe et reconduit le mal-être (dukkha) : non pas tel objet désiré, mais la dynamique même de l'agrippement, qui renaît tant que sa racine n'est pas extirpée. Fernand Hû la rend par « la convoitise », et la décrit comme une plante dont la racine, restée intacte, fait toujours repousser la douleur. À distinguer du simple vouloir : toute volition n'est pas taṇhā, seule la saisie compulsive l'est.

De même que, tant que sa racine est intacte, un arbre plein de sève repousse, quoique coupé, toujours à nouveau, de même, tant que n’est point extirpée la tendance à la convoitise, revient toujours à nouveau cette cause de douleur.
trad. attribuée à Bouddha, Dhammapada, Chapitre XXIV (La Convoitise), 338. Ernest Leroux, 1878 · trad. Fernand Hû · source

Le mot pali taṇhā (sanskrit tṛṣṇā) signifie littéralement la « soif ». La tradition lui reconnaît trois directions : soif des plaisirs des sens, soif d’exister, soif de cesser d’être. Fernand Hû, dans sa traduction de 1878, ne la nomme jamais « soif » : il l’appelle la convoitise, et lui consacre un chapitre entier — le vingt-quatrième. Le terme français importe moins que l’image qui s’y attache, constante dans tout le chapitre : une plante qui s’étend.

Cette image porte l’essentiel. La convoitise « s’étend comme une liane », elle est « un torrent aux trente-six canaux », et surtout elle a une racine. Tant que cette racine tient, « revient toujours à nouveau cette cause de douleur ». Là est le point décisif : la taṇhā n’est pas une faute qu’on corrige, c’est une racine qu’on arrache. Le verset 340 le dit sans détour — « Dès que vous voyez pousser cette liane, déracinez-la à l’aide de la Science Parfaite. » On ne taille pas la convoitise, on l’extirpe, sinon l’arbre coupé repousse.

À distinguer du désir tout court : ce que vise le Dhammapada n’est pas le vouloir en général, mais la saisie qui « enchaîne », ce courant « auquel ils ont eux-mêmes donné naissance, comme l’araignée tisse son propre filet ». Et à distinguer du manque tel que l’entend l’Occident : la taṇhā n’est pas un creux à combler — la combler la nourrit — mais une dynamique d’agrippement à éteindre. Là où la vigilance veille et où la présence attentive regarde, la taṇhā, elle, est ce qui se déracine.

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