Dukkha
dukkha (sct. duḥkha)
La douleur — non pas seulement la souffrance déclarée, mais l'insatisfaction constitutive de tout ce qui est composé et passager. Deuxième des trois marques de l'existence et objet des quatre nobles vérités : la douleur, son origine, sa cessation, la voie qui y mène. Fernand Hû la rend uniformément par « la douleur ».
« Toutes les agrégations sont soumises à la douleur. » Lorsqu’on est bien pénétré de ce fait, on est délivré de la douleur. C’est là la voie de la purification.
Le mot pali dukkha (sanskrit duḥkha) couvre un spectre que le français découpe : souffrance, peine, insatisfaction, mal-être. Fernand Hû tranche et tient sa ligne d’un bout à l’autre du Dhammapada : c’est la douleur, avec l’article — une instance presque personnifiée, qui « suit » l’homme au sens interne corrompu « comme la roue suit le pied de l’animal qui traîne ». L’image ouvre le recueil : la douleur n’est pas un accident qui frappe, c’est une suite qui s’attache.
Le terme opère à deux niveaux. Au premier, la douleur ordinaire — perte, mutilation, séparation d’avec ce qu’on aime. Au second, la marque : « Toutes les agrégations sont soumises à la douleur » — tout composé, parce qu’impermanent, porte l’insatisfaction en sa structure même. C’est ce second niveau que condensent les quatre nobles vérités, que le verset 191 énumère d’un trait : « La douleur, l’origine de la douleur, la cessation de la douleur, et la voie sainte aux huit embranchements qui mène à l’apaisement de la douleur. » L’origine a un nom — la convoitise — et la cessation un chemin.
À distinguer du pessimisme : Schopenhauer constate la souffrance et n’en sort que par la négation du vouloir, sans méthode positive. Le dukkha est un diagnostic, non un verdict — la troisième vérité affirme sa cessation, la quatrième en donne la voie. Un pessimiste ne prescrit pas de remède aux « épines de l’existence ».