pali · Bouddhisme

Anattā

anattā (sct. anātman)

Le non-soi : rien, dans les agrégats qui composent l'expérience, n'est un soi permanent et substantiel. Troisième des trois marques de l'existence, et négation directe de l'ātman brahmanique. Fernand Hû la rend par une périphrase : « Toutes les formes sont sans réalité substantielle. » Ce qui est nié est la substance, non l'expérience.

« Toutes les formes sont sans réalité substantielle. » Lorsqu’on est bien pénétré de ce fait, on est délivré de la douleur. C’est là la voie de la purification.
trad. attribuée à Bouddha, Dhammapada, Chapitre XX (La Voie), 279. Ernest Leroux, 1878 · trad. Fernand Hû · source

Le mot pali anattā est, comme anicca, une négation : an-attā, ce qui n’est pas attā — le soi, l’équivalent pali du sanskrit ātman. Le terme est une riposte : là où les Upaniṣad cherchent sous le flux un soi permanent, identique au brahman, le Bouddha déclare qu’aucun des composés de l’expérience ne mérite ce nom.

Fernand Hû ne dispose pas d’un mot français pour cela ; il traduit par une périphrase de philosophe : « Toutes les formes sont sans réalité substantielle. » Substance est un terme d’école, mais il vise juste — ce que nie l’anattā, c’est bien le substrat permanent, ce qui demeurerait identique sous les changements. On notera l’élargissement du verset 279 : les deux versets précédents portent sur « les agrégations », celui-ci sur « toutes les formes » — la marque du non-soi ne souffre aucune exception.

Comme les deux autres marques, l’anattā est un levier, non une thèse : en être « bien pénétré » délivre de la douleur, car la convoitise se noue autour d’un « moi » et d’un « mien » que l’examen dissout.

À distinguer de la négation nihiliste du sujet : le Dhammapada ne cesse de s’adresser à quelqu’un qui veille, médite, se purifie et récolte le fruit de ses actes. Ce qui est nié n’est pas l’expérience ni la responsabilité — c’est le noyau substantiel qu’on leur suppose. L’anattā ne dit pas « personne n’est là » ; elle dit qu’aucune chose permanente ne s’y tient.

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