arabe · Soufisme

Fanāʾ

فناء (fanâ)

Mot arabe signifiant « extinction », « anéantissement ». Dans le vocabulaire soufi, l'effacement du moi séparé dans le divin : non la mort, mais la disparition de celui qui se tenait pour un centre. ʿAttâr en fait la septième et dernière vallée du chemin spirituel, celle au-delà de laquelle nul ne peut avancer — car il n'y reste plus personne pour avancer.

la septième enfin celle de la pauvreté ( facr ) et de l'anéantissement ( fanâ ), vallée au-delà de laquelle on ne peut avancer.
Farîd al-Dîn ʿAttâr, Le Langage des oiseaux (Mantic Uttaïr), Le discours de la huppe — la septième vallée. Imprimerie impériale, 1863 (transcription remacle.org) · trad. Joseph Héliodore Garcin de Tassy · source

De la racine arabe f-n-y, « périr, cesser d’être ». Le fanāʾ n’est pas le néant : la tradition soufie lui adjoint presque toujours son revers, baqāʾ, la subsistance — ce qui demeure, en Dieu, quand le moi a consenti à disparaître. L’extinction n’est pas un terme mais un seuil : on ne s’anéantit que pour que paraisse ce que le moi recouvrait. Chez ʿAttâr, l’image en est l’ombre qui se perd dans le soleil et se découvre lumière, ou la goutte que l’océan ne traverse pas mais absorbe.

Le mot porte la signature de la voie : on n’atteint pas le but, on cesse d’en être séparé. Tant qu’un chercheur subsiste pour rejoindre le Cherché, la dualité tient ; le fanāʾ est le moment où le chercheur s’efface et où tombe, avec lui, la distance qu’il était. Le jeu de mots persan le scelle — les si morg, « trente oiseaux », parvenus au bout du voyage, lisent dans le Simorg leur propre nom.

À distinguer de la décréation de Simone Weil, qui défait elle aussi le moi mais refuse l’identification : on se décrée pour laisser une place à Dieu, jamais pour se dire Dieu. Et à distinguer de l’anatta bouddhique : là, il n’y a pas de soi à éteindre ni d’Aimé où se fondre, seulement la reconnaissance qu’aucun centre n’a jamais tenu. Fanāʾ ≠ décréation, fanāʾanatta : trois manières de défaire le moi, vers l’union, vers le retrait, ou vers la vacuité.

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