pali · Bouddhisme

Nibbāna

nibbāna (pali) / nirvāṇa (sanskrit)

L'extinction — au sens où s'éteint un feu privé d'aliment : ce qui cesse n'est pas l'être, mais la convoitise, la passion et la haine qui le consumaient, et avec elles la douleur qu'elles reconduisaient. Troisième des quatre nobles vérités (la cessation de la douleur), le nibbāna est nommé par le Dhammapada « le bonheur suprême ». Fernand Hû garde la forme sanskrite, « le Nirvâna », et ne le traduit qu'en creux : « totale extinction du désir ».

La faim est la pire des maladies, les agrégations d’éléments, le plus grand des malheurs. Pour celui qui sait qu’il en est ainsi, le Nirvâna est le bonheur suprême.
trad. attribuée à Bouddha, Dhammapada, Chapitre XV (Le Bonheur), 203. Ernest Leroux, 1878 · trad. Fernand Hû · source

Le mot pali nibbāna (sanskrit nirvāṇa) dit l’extinction d’une flamme : ce qui s’éteint quand le combustible manque. Ce qui cesse n’est pas l’être — c’est le feu qui le consumait. Le Dhammapada nomme ce combustible : « Ceux-là entrent dans le Nirvâna, qui ont détruit en eux la concupiscence » (126) ; « Lorsque tu auras supprimé en toi la passion et la haine, tu arriveras au Nirvâna » (369). Éteindre la convoitise, non l’existant qu’elle agrippait.

Fernand Hû, en 1878, ne traduit pas : il garde « le Nirvâna », avec la majuscule, d’un bout à l’autre du recueil. Le sens d’extinction n’affleure qu’en creux — le cri d’éveil du verset 154 s’achève sur la « totale extinction du désir », et le verset 218 risque une glose : « l’ineffable (le Nirvâna) ». Le traducteur laisse au mot son opacité, mais le texte, lui, dit clairement où il loge : au chapitre XV, Le Bonheur.

C’est le point que porte le verset 203. D’un côté le diagnostic — les « agrégations d’éléments », ces composés passagers et soumis à la douleur, sont « le plus grand des malheurs » ; de l’autre, pour qui le sait, « le Nirvâna est le bonheur suprême ». Le verset 23 dit de même : « la béatitude suprême ». L’extinction n’a rien d’un deuil ; le recueil la range parmi les bonheurs, et au sommet.

À distinguer du néant : le verset 126 énumère les destinations — « le sein (d’une mère) », l’enfer, le ciel — et place le nirvâna hors série ; ce n’est pas un lieu où aboutir, c’est la fin de ce qui reconduisait le voyage. Et à distinguer de l’ataraxie : l’ataraxie pacifie un vivant en rectifiant ses jugements — le sujet demeure et jouit de son calme. Le nibbāna ne pacifie pas le feu, il l’éteint à la racine. L’ataraxie est une trêve dans l’existence ; le nibbāna, l’épuisement de ce qui la rallumait.

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