Upekkhā
upekkhā (sct. upekṣā)
L'équanimité : l'égalité d'âme du sage que ni le blâme ni la louange n'ébranlent. Quatrième et couronnement des quatre « demeures sublimes » (brahmavihāra). Fernand Hû n'a pas le mot pali, mais le verset 81 en donne l'image canonique : le rocher d'un seul bloc que le vent ne meut pas.
De même qu’un rocher d’un seul bloc n’est point ébranlé par le vent, de même ni le blâme, ni la louange n’ont de prise sur les savants.
Le mot pali upekkhā (sanskrit upekṣā) se compose de upa- et de la racine īkṣ, « regarder » : littéralement « regarder de près », d’un œil égal, sans se laisser emporter d’un côté ni de l’autre. C’est la quatrième des quatre brahmavihāra, les « demeures sublimes » : bienveillance, compassion, joie altruiste et équanimité. Elle les couronne, car sans elle les trois premières dérivent vers l’attachement ; l’équanimité tient l’amour ouvert sans qu’il s’agrippe.
Fernand Hû ne nomme pas upekkhā — le verset 81 la peint. « De même qu’un rocher d’un seul bloc n’est point ébranlé par le vent, de même ni le blâme, ni la louange n’ont de prise sur les savants. » L’image est récurrente dans le Dhammapada : le sage « impassible comme la terre, inébranlable comme un verrou » (verset 95), celui qui « en possession du bonheur, ou bien en proie au malheur » ne laisse voir « ni orgueil, ni abattement » (verset 83). Le verset 227 ajoute la lucidité qui désamorce l’attente : « celui qui est assis en silence, on le blâme ; celui qui parle beaucoup, on le blâme […] Nul n’est à l’abri du blâme en ce monde ». Puisque le jugement d’autrui ne se commande pas, le sage cesse d’en faire dépendre sa paix.
L’équanimité n’est pas un point de départ mais un fruit : elle suppose l’extinction de la soif, seule capable de retirer au blâme et à la louange leur prise. On la rapprochera de l’idéal grec d’absence de trouble et de l’impassibilité stoïcienne, qu’elle recoupe sans s’y réduire.
Upekkhā ≠ indifférence froide. Son « ennemi proche », disent les commentateurs, est précisément l’apathie de qui ne se soucie de rien. Le roc du verset 81 n’est pas insensible : c’est le même sage que le verset 270 dit « plein de compassion pour tous les êtres ». L’équanimité ne supprime pas la sollicitude, elle l’empêche de virer en agitation. Et elle se distingue de l’ataraxia stoïcienne par sa fin : non un calme cultivé pour lui-même, mais le seuil de l’extinction.