Mettā
mettā (sct. maitrī)
La bienveillance : un souhait de bonheur étendu sans réserve à tous les êtres, sans exception ni préférence. Première des quatre « demeures sublimes » (brahmavihāra). Le Dhammapada n'emploie pas le mot, mais en donne l'axiome négatif : la haine ne s'éteint pas par la haine, seulement par son absence.
« Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement la haine, mais bien l’absence de haine. » — Voilà un axiome vieux comme le monde.
Le mot pali mettā dérive de mitta, l’ami : c’est l’amitié universelle, la disposition à vouloir le bien d’autrui pour lui-même. Le sanskrit dit maitrī. Elle ouvre la liste des quatre brahmavihāra, les « demeures sublimes » ou « séjours du Brahman » : bienveillance (mettā), compassion (karuṇā), joie devant le bonheur d’autrui (muditā) et équanimité (upekkhā). La méthode classique en fait une culture progressive : on étend le souhait de bonheur de soi-même à l’ami, puis à l’indifférent, puis à l’ennemi, jusqu’à ne plus tracer de frontière.
Fernand Hû ne dispose ici d’aucun terme pour mettā — et pour cause : le verset 5 ne nomme pas la vertu, il en pose la loi par sa contraposée. « Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement la haine, mais bien l’absence de haine. » Le passage porte le concept sans le mot : la haine est un feu qui ne s’éteint pas en y ajoutant du feu. La bienveillance est précisément cette absence active de haine, posée comme un « axiome vieux comme le monde » — non un sentiment tendre, mais une nécessité logique de l’apaisement.
Les versets voisins en éclairent le mécanisme : ceux qui ressassent « on m’a injurié, on m’a frappé » (versets 3-4) « ne cessent point de haïr » ; abandonner cette rumination, c’est cesser de haïr. La mettā n’est donc pas un ordre moral surajouté, mais ce qui reste quand on lâche le ressentiment. Elle s’apparente à l’absence de violence, dont elle est le versant intérieur et positif.
Mettā ≠ amour-attachement. L’amour ordinaire (pema, taṇhā) choisit son objet, le préfère, le retient — et le Dhammapada en fait une source de chagrin et de crainte (verset 215). La bienveillance, elle, ne s’attache à personne en particulier parce qu’elle s’étend à tous : sans préférence, elle échappe à la soif qui rend l’affection douloureuse. Aimer quelqu’un peut enchaîner ; vouloir le bien de tous libère.