chinois · Taoïsme

Yin-Yang

陰陽 (yīn yáng)

Le yin-yang n'est pas un couple de substances mais une opération : la façon dont une même réalité se polarise pour engendrer le mouvement. Tout être « porte le yin et embrasse le yang » ; entre les deux versants, un souffle vide circule et fait l'accord. Polarité féconde, non combat — l'un appelle l'autre et se change en lui.

Tous les êtres fuient le calme et cherchent le mouvement. Un souffle immatériel forme l’harmonie.
Lao-Tseu, Tao Te King, Chapitre 42. Le Livre de la voie et de la vertu, Imprimerie nationale, 1842 · trad. Stanislas Julien · source

Le chapitre 42 du Tao Te King énonce la genèse du monde : « Le Tao a produit un ; un a produit deux ; deux a produit trois ; trois a produit tous les êtres. » Le « deux », glose un commentateur cité par Julien, c’est précisément le partage du un « en principe in 陰, « femelle, » et en principe yang 陽, « mâle. » » Les caractères 陰 et 陽 désignaient à l’origine les deux versants d’une montagne — l’ombragé et l’ensoleillé. La même colline, deux faces : voilà le yin-yang, non deux choses mais deux orientations d’une seule.

Ce qui relie les deux versants n’est pas une frontière mais un passage. « Tous les êtres fuient le calme et cherchent le mouvement », traduit Julien, et « un souffle immatériel forme l’harmonie ». Ce souffle, c’est le qi : il ne tranche pas entre yin et yang, il les accorde. L’harmonie taoïste ne naît pas de la victoire d’un pôle sur l’autre mais de leur respiration commune, vide et féconde — « racine de tous les êtres », note le même commentaire, « vide, mou et faible ».

Le yin-yang ≠ le dualisme occidental du bien et du mal. Ici nul camp à vaincre : le repos appelle le mouvement comme le creux appelle le plein, et chacun se renverse dans l’autre au sommet de sa course. Ce n’est pas non plus une polarité statique, deux moitiés figées d’un cercle : c’est un cours, une bascule perpétuelle, l’autre nom de la transformation incessante des dix mille êtres.

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