chinois · Taoïsme

Tao

道 (dào)

Le tao, c'est « la Voie » — non pas un dieu, ni un principe qu'on pourrait nommer, mais le cours sans nom d'où procèdent le ciel, la terre et les dix mille êtres. Dès qu'on le nomme, on le manque : le premier chapitre du Tao Te King s'ouvre sur cet avertissement. On ne définit pas le tao, on s'y accorde.

La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel.
Lao-Tseu, Tao Te King, Chapitre 1. Imprimerie royale, 1842 · trad. Stanislas Julien · source

Le caractère 道 (dào) désigne d’abord la route, le chemin — puis, par extension, la manière, la méthode, et enfin la Voie au sens le plus plein : l’ordre spontané du réel. Lao-Tseu refuse d’en faire un objet de discours. Le commentateur Sou-tseu-yeou, que cite Julien, distingue deux voies : l’une « ordinaire, qui est la voie de la justice, des rites, de la prudence » et que la parole peut énoncer ; l’autre « sublime » — celle de Lao-Tseu — « qui n’a ni forme, ni couleur, ni nom ».

D’où le paradoxe fondateur : nommer le tao, c’est déjà le réduire à l’un des dix mille êtres qu’il fait être. Le sans-nom (wou-ming) est l’origine du ciel et de la terre ; le nommé en est la mère. Le tao se tient en amont de cette partition.

À ne pas confondre avec un absolu transcendant à la manière occidentale : le tao n’est pas au-dessus du monde, il en est le cours immanent. C’est pourquoi le sage ne le contemple pas de loin — il s’y ajuste par le wu-wei, l’agir qui ne force pas.

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