chinois · Taoïsme

Ziran

自然 (zìrán)

Littéralement « de-soi-même-ainsi » : ce qui est tel par soi, sans qu'aucun agent l'y force. Le ziran n'est pas « la nature » comme décor ou réserve de ressources ; c'est la manière d'être du réel laissé à son propre cours. Julien le rend par « sa nature » au terme de la grande remontée du chapitre 25 : même le Tao n'imite rien au-dessus de lui — il est de-soi-même-ainsi.

le ciel imite le Tao ; le Tao imite sa nature.
Lao-Tseu, Tao Te King, Chapitre 25. Imprimerie royale, 1842 · trad. Stanislas Julien · source

Le mot qui porte tout est soi-même. Le chapitre 25 monte de degré en degré : l’homme imite la terre, la terre le ciel, le ciel le Tao. On attend un dernier échelon, une instance encore plus haute. Il n’en vient aucune : « le Tao imite sa nature » (道法自然). Le Tao ne copie rien au-dessus de lui, il est zi-ran, de-soi-même-ainsi. La chaîne des modèles s’arrête sur ce qui n’a plus de modèle.

Le ziran décrit donc un réel qui se règle de l’intérieur, sans contrainte ni projet extérieur. L’eau coule ainsi, la plante pousse ainsi : non par obéissance, mais parce que rien ne les force hors de leur cours. C’est l’état des choses quand nul ne s’en mêle.

Le ziran (l’état du réel non forcé) n’est pas le wu-wei, qui est la conduite du sujet s’accordant à cet état : le ziran est ce qui advient, le wu-wei la façon de ne pas y faire obstacle. Et le ziran n’est pas « la nature » comme objet ou paysage qu’on observe du dehors ; c’est l’adverbe avant d’être un nom — la manière dont une chose est ce qu’elle est. Le wu-wei est la porte ouverte ; le ziran, ce qui passe quand on ne la pousse pas.

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