Chien de paille
芻狗 (chú gǒu)
L’effigie de chien tressée en paille qu’on dressait pour un sacrifice : parée d’ornements le temps du rite, puis jetée et piétinée une fois la cérémonie finie. Lao-Tseu en fait l’image de l’impartialité du ciel et de la terre, qui « regardent toutes les créatures comme le chien de paille » — sans affection à l’entrée, sans mépris à la sortie. Non l’indifférence cruelle, mais l’égalité parfaite d’un cosmos qui ne préfère personne.
Ils regardent toutes les créatures comme le chien de paille (du sacrifice).
L’image vient d’un usage rituel. On liait un chien de paille, on le couvrait « des plus riches ornements » pour le placer devant l’autel, puis, le sacrifice accompli, on le jetait dehors où les passants le foulaient aux pieds. Le commentaire que recueille Julien tire la leçon : la parure ne fut pas un signe d’amour, ni le piétinement un signe de haine — l’une et l’autre furent « l’effet d’une circonstance fortuite ». L’objet ne réclamait rien ; il n’était l’élu de personne.
C’est sous ce jour que le ciel et la terre regardent les dix mille êtres. Ils sont bu-ren, « non-ren » : sans cette affection partiale que Confucius plaçait au sommet des vertus. Loin d’être une dureté, cette absence de préférence est ce qui leur permet de tout porter également — de laisser chaque chose naître, durer et passer de-soi-même, sans qu’aucune soit favorisée ni lésée. Le saint homme, dit le chapitre, se règle sur cette égalité : sa bienveillance est si entière qu’elle ne se resserre sur aucun.
Le chien de paille n’est donc pas un emblème de cruauté ni de néant : c’est l’exact contraire d’un cosmos anthropocentrique. Là où la pensée des fins suppose un monde disposé pour notre usage, le chien de paille pose un ciel sans dessein qui nous concerne. À distinguer du mépris (qui serait encore une préférence, négative) comme du ren confucéen (qui cultive une affection orientée) : l’impartialité du ciel n’aime ni ne dédaigne — elle laisse être.