Ren
仁 (rén)
La vertu cardinale de Confucius : l'humanité, ce qui fait d'un homme un être moral, et que la tradition rend aussi par « bonté » ou « amour des hommes ». Ce n'est pas un sentiment vague mais une disposition qui se prouve dans la conduite — respect, loyauté, sérieux — et qui s'étend de soi vers autrui. Le néo-confucianisme l'élargira jusqu'à faire du ren le sentiment qui relie l'homme au ciel, à la terre et aux dix mille êtres. (Le confucianisme n'a pas d'entrée propre dans la nomenclature : ce terme y est classé comme transversal.)
Fan Ch'ih asked about humanity. Confucius said, "It is to love men." He asked about knowledge. Confucius said, "It is to know man."
« Fan Ch’ih asked about humanity. Confucius said, “It is to love men.” » — Fan Chi interroge sur le ren, et Confucius répond : c’est aimer les hommes. La réponse la plus brève des Analectes sur sa notion centrale est aussi la plus exigeante : aucune doctrine, aucune définition close, seulement une direction du cœur tournée vers autrui.
Le mot ren (仁) associe le caractère de l’homme à celui du nombre deux : il ne se conçoit pas dans la solitude, mais dans la relation. Confucius le décline selon les circonstances — à l’un il dit que le ren est « être respectueux dans la vie privée, sérieux dans les affaires, loyal envers les autres » ; à un autre, que l’homme « ferme, résolu, simple et lent à parler » en est proche. Jamais il ne le réduit à une règle, car le ren est ce qui anime les règles plutôt qu’une règle de plus. C’est la racine d’où croît la voie morale, le de en acte dans le lien aux vivants.
Les néo-confucéens en feront une métaphysique : pour eux le ren est le sentiment par lequel l’homme « forme un seul corps » avec le ciel, la terre et tous les êtres — l’unité des dix mille êtres. L’homme sans ren, écrivent-ils, est comme un membre paralysé, où la force vitale ne pénètre plus.
Le ren n’est pas la simple bienveillance affective, qui s’épuise dans l’émotion : il commande la conduite et s’éprouve dans la durée. Il n’est pas non plus une obéissance aux rites : les rites sans ren sont une coquille morte. C’est l’humanité comme tâche, jamais comme acquis.