Qi
氣 (qì)
Le souffle : l'air, le vent, la respiration et l'énergie qui fait vivre, sans que la langue chinoise sépare ces sens. Un même flux anime le cosmos et les poumons ; la santé comme la sagesse consistent à ne pas l'obstruer. Wieger et Julien le rendent par « souffle » ; Julien note qu'il a en partie l'étendue du latin anima — souffle et principe vital à la fois —, sans désigner pourtant l'âme intelligente.
Pour leurs actes vitaux, les êtres dépendent du souffle. Si ce souffle n’est pas abondant dans un homme, la faute n’en est pas au ciel, qui jour et nuit l’en pénètre ; elle est en lui, qui obstrue ses voies, par des obstacles physiques ou moraux.
Le caractère 氣 figure une vapeur qui monte — celle du riz qui cuit, selon l’étymologie traditionnelle : non l’air immobile, mais l’exhalaison, le flux. À l’échelle du monde, ce souffle est le vent. Le chapitre II s’ouvre sur lui : « Le grand souffle indéterminé de la nature s’appelle vent. » Par lui-même le vent n’a pas de son ; mais quand il les émeut, tous les êtres deviennent pour lui « comme un jeu d’anches » — monts, bois et rochers résonnent, et cette résonance est l’accord terrestre.
À l’échelle du vivant, le souffle est ce dont dépendent les « actes vitaux ». Le passage du chapitre XXVI dit l’essentiel : le ciel donne le souffle jour et nuit, sans compter ; si un homme en manque, c’est qu’il s’est obstrué lui-même, par des obstacles physiques ou moraux. L’opération que le mot commande n’est donc pas une acquisition mais un désencombrement — non pas capter une énergie rare, mais cesser de boucher les voies par où elle passe déjà. C’est le sens du jeûne du cœur au chapitre IV : le texte chinois demande d’écouter par le souffle, là où Wieger, embarrassé, écrit « l’esprit » (voir xin).
Julien rencontre le mot au chapitre 42 du Tao Te King : entre le yin et le yang issus de l’Un, c’est un « souffle immatériel » qui forme l’harmonie, racine de tous les êtres. Sa note rapproche khi du latin anima, qui dit à la fois le souffle et le principe vital — mais s’arrête là : le mot, précise-t-il, ne se dit pas de l’âme intelligente de l’homme. Qi ≠ anima, l’âme occidentale : l’âme s’appartient, forme d’un corps ou substance d’une personne ; le souffle n’appartient à personne — il traverse, se prête et se rend. Ce qui pense en nous n’est pas lui mais le cœur-esprit, lequel doit encore se vider pour le laisser passer.