chinois · Taoïsme

Wu

無 (wú)

Le wu n'est pas le néant privatif de la métaphysique occidentale, ce qui manque ou ce qui annule. C'est le vide fécond, l'absence d'où procèdent l'usage et l'être : le creux du moyeu qui fait tourner la roue, la cavité du vase qui le rend capable de contenir. Là où l'être (you 有) donne la chose, le wu donne sa fonction. Un vide plein de virtualité, condition de tout ce qui sert et de tout ce qui advient.

C’est pourquoi l’utilité vient de l’être, l’usage naît du non-être.
Lao-Tseu, Tao Te King, Chapitre XI. Imprimerie royale, 1842 · trad. Stanislas Julien · source

Le caractère 無 () note l’absence, le ne-pas-avoir. Sous la plume de Lao-Tseu il cesse d’être une pure négation pour devenir un principe : le wu est le non-être d’où l’être tire son utilité. Julien le rend par « le vide » et par « le non-être », deux faces d’un même mot. Le vide n’y est jamais un manque ; il est ce qui ménage la place où quelque chose peut servir.

Le chapitre XI en donne l’image décisive. Trente rais se réunissent autour d’un moyeu : « C’est de son vide que dépend l’usage du char. » De même la cavité fait le vase, l’ouverture des portes fait la maison habitable. La matière dessine la forme, mais c’est le creux qui rend la forme utile. D’où la formule qui clôt le chapitre : « l’utilité vient de l’être, l’usage naît du non-être ». Le plein donne la chose, le vide donne sa fonction.

Le wu (le vide ontologique, l’absence qui rend l’usage et l’être possibles) n’est pas le wu-wei (l’agir sans forcer, qui est une conduite et non un principe d’être) : l’un dit ce qui est, ou plutôt ce qui n’est pas et féconde ; l’autre dit comment agir. Et le wu n’est pas le néant occidental, vide négatif qui retranche : le vide taoïste est gros de toutes les fonctions à venir, un creux d’où le monde tire son usage.

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