chinois · Taoïsme

Pu

樸 (pǔ)

Le pu est le bloc de bois brut, non encore taillé : l'image de la simplicité originelle, de l'intégrité d'avant la division. Tant qu'il n'est pas façonné en ustensile, le bois garde toutes ses possibilités ; dès qu'on le découpe, il devient tel objet et perd le reste. Le pu nomme cet état entier, non spécialisé, auquel le sage revient. Julien le rend par « le bois non-travaillé », « la simplicité » ou « la pureté parfaite du Tao ».

comme le bois non-travaillé.
Lao-Tseu, Tao Te King, Chapitre XV. Imprimerie royale, 1842 · trad. Stanislas Julien · source

Le mot dépeint une chose très concrète : un morceau de bois qu’on n’a pas encore travaillé. Au chapitre 15, Julien décrit les anciens adeptes du Tao par une suite d’images — ils s’effaçaient comme la glace qui se fond, ils étaient vides comme une vallée — et au centre vient celle-ci : « rudes comme le bois non-travaillé » (其若樸). Julien commente cette rudesse : « ce qui est entier… ce qui est dans son état naturel, ce qui est simple, sans ornement ». Le pu, c’est l’entier d’avant la coupe.

Tant que le bloc n’est pas taillé, il peut devenir n’importe quel objet ; toutes ses possibilités y sont tenues ensemble. Le tailler, c’est le fixer en un seul ustensile et perdre tous les autres. Le chapitre 28 dit que le saint « reviendra à la simplicité parfaite » : non pas qu’il fabriquera quelque chose, mais qu’il remontera en deçà de la fabrication, vers le bois entier. C’est l’état que le wu-wei préserve en n’intervenant pas, et que le ziran décrit du côté des choses laissées à elles-mêmes.

Le pu n’est donc pas un savoir-faire ni une qualité acquise : il est ce qu’on garde en ne se laissant pas découper par les désirs, les distinctions et les ambitions. Le de, la puissance propre d’un être, se déploie d’autant mieux que cet être reste proche de son pu — fidèle à sa nature non façonnée plutôt qu’ajusté à un usage extérieur.

À ne pas confondre avec l’austérité ou la pauvreté volontaire : le pu n’est pas un dénuement, une simplicité par soustraction. C’est tout le contraire — la plénitude du bloc qui contient toutes ses formes possibles avant qu’on n’en prélève une seule. Il ne faut pas davantage l’entendre comme ignorance ou naïveté : l’enfant et le bois brut ne manquent de rien, ils ne sont pas encore divisés. Le pu est une intégrité, jamais un manque.

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