Zuowang
坐忘 (zuòwàng)
Le zuowang, littéralement « s'asseoir et oublier », est la pratique taoïste par laquelle on dépose successivement le corps, les sens, le savoir et finalement le moi, jusqu'à s'unir à ce qui pénètre tout. Ce n'est pas une vacance de l'esprit mais une désappropriation graduelle : on n'ajoute rien, on laisse tomber. L'oubli y est l'opération centrale, non un défaut de mémoire.
dépouillant mon corps, oblitérant mon intelligence, quittant toute forme, chassant toute science, je m’unis à celui qui pénètre tout. Voilà ce que j’entends par m’asseoir et oublier tout.
Le terme s’écrit avec deux caractères : 坐 (zuò), s’asseoir, et 忘 (wàng), oublier. Tchouang-tseu le met dans la bouche de Yen-Houei, disciple de Confucius, qui décrit son progrès à son maître stupéfait : d’abord il oublie les rites et la musique, puis la bonté et l’équité, puis tout. L’assise n’est pas le but ; elle est la posture d’un dépouillement où l’on quitte la forme et chasse le savoir jusqu’à se fondre dans « celui qui pénètre tout ».
L’oubli, ici, n’est pas une perte mais un acte. Le moi est ce qui distingue, ce qui sépare, ce qui s’agrippe ; le déposer, c’est défaire les partages — entre soi et le monde, entre la vie et la mort — qui empêchent l’union au Principe. Là où le sage stoïcien fortifie un sujet maître de ses assentiments, le taoïste le laisse se dissoudre.
À distinguer du wu-wei, avec lequel le zuowang est parent mais qu’il ne recouvre pas. Le wu-wei est un mode d’action — agir sans forcer, épouser le cours des choses — qui s’exerce dans le monde, au travail, au gouvernement. Le zuowang est une assise immobile où l’on cesse d’agir et de savoir pour n’être plus rien de séparé. Agir sans forcer ≠ s’asseoir et tout oublier.