hawaïen ·

ahupuaʻa

prononc. « a-hou-pou-A-a » (ʻokina = coup de glotte)

Mot hawaiien (ʻōlelo Hawaiʻi) : la grande division de terre de l'ancien Hawaiʻi, qui descend de la montagne à la mer et se prolonge dans l'océan. George Kanahele en donne l'étymologie : le nom vient d'un cairn de pierres (ahu) posé à la limite, surmonté d'une image de cochon (puaʻa). L'ahupuaʻa n'est pas un simple découpage administratif : c'est l'unité qui garantit, au sein d'un même territoire continu, l'accès à toutes les ressources — celles des hauteurs, celles du littoral et celles de la mer — sans que le rivage n'y fasse jamais une frontière.

the ahupua'a, so called because the boundary was marked by a cairn of stones (an ahu), topped by an image of a pig (pua'a)
George Kanahele, Kū Kanaka — Stand Tall: A Search for Hawaiian Values, Chapitre « A Sense of Place », section « The Continuum of Land and Sea », p. 191 (citation en anglais, langue d'écriture de l'auteur). University of Hawaiʻi Press, 1986 · trad. rendu français maison (œuvre en anglais, courtes citations attribuées)

Le mot porte son sens dans sa fabrication même. George Kanahele détaille l’étymologie : ahupuaʻa, écrit-il, désigne cette grande division de terre « so called because the boundary was marked by a cairn of stones (an ahu), topped by an image of a pig (pua’a) » — ainsi nommée parce que sa limite était marquée par un cairn de pierres (un ahu), surmonté d’une image de cochon (puaʻa). Un empilement de pierres, un cochon sculpté au sommet : la frontière n’est pas une ligne administrative abstraite, elle porte une marque qu’on peut voir et toucher, plantée dans le paysage.

Ce que cette limite délimite déjoue pourtant l’idée même de limite. L’ahupuaʻa s’étend « from the central mountains to a beach and beyond that into the sea » — des montagnes centrales jusqu’à une plage, et au-delà, dans la mer. Contrairement à nos lois de zonage actuelles, qui arrêtent la propriété du littoral à la laisse de haute mer, « * traditionally Hawaiian law considered the adjoining sea as a natural and logical extension of an ahupua’a* » — le droit hawaiien traditionnel considérait la mer attenante comme une extension naturelle et logique de l’ahupuaʻa. Ni le rivage ni la plage n’y faisaient jamais une frontière propre entre terre et mer : l’unité garantissait à ses habitants l’accès à la fois au bois des hauteurs, au taro des vallées et au poisson du large.

L’ahupuaʻa n’est pas le kuleana. Le kuleana est le lot précis, la charge d’un seul homme, la parcelle où il naît, travaille et meurt ; l’ahupuaʻa est le tout qui l’englobe, la division continue où plusieurs kuleana coexistent et se partagent montagne, vallée et mer. L’un est le poste qu’on tient, l’autre le territoire qui rend ce poste vivable. Et l’ahu, le cairn qui borne l’ahupuaʻa, n’est pas l’ovoo touva, bien que les deux empilent des pierres au même endroit stratégique, un seuil. L’un marque une limite de ressources, économique et juridique ; l’autre salue un maître de lieu, invisible, à qui l’on doit des égards. Deux peuples, sur deux continents, ont fait du même geste — empiler des pierres à un passage — deux réponses différentes à la question de ce qu’un lieu exige qu’on lui rende.

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