chinois · Taoïsme

Yangsheng

養生 (yangsheng)

« Nourrir le principe vital », « entretenir la vie » : titre que Wieger donne au chapitre III de Tchouang-tseu. L'énergie vitale est limitée, l'esprit insatiable ; user la première au service du second épuise la vie. Le yangsheng est donc l'art de durer en ne s'usant pas — ne forcer aucune part dure, rester à mi-chemin, ne faire servir la vie qu'à ce qui ne l'entame pas. Le boucher dont la lame ne s'émousse pas en dix-neuf ans en est la parabole.

Qui veut durer, doit se modérer, n’aller jusqu’au bout de rien, toujours rester à mi-chemin. Ainsi pourra-t-il conserver son corps intact, entretenir sa vie jusqu’au bout, nourrir ses parents jusqu’à leur mort, durer lui-même jusqu’au terme de son lot.
Tchouang-tseu, Œuvre de Tchoang-tzeu, chapitre III, Entretien du principe vital. Les Humanités chinoises, 1913 · trad. Léon Wieger · source

Le terme s’écrit 養 (yǎng), nourrir, entretenir, et 生 (shēng), la vie, le vivant. Wieger en fait le titre de son troisième chapitre, « Entretien du principe vital ». Le diagnostic d’ouverture est net : « L’énergie vitale est limitée. L’esprit est insatiable. » Mettre la première à la discrétion du second, c’est livrer un instrument fini à un maître qui ne se rassasie jamais — il l’usera. La sagesse n’est donc pas d’en faire plus, mais de ne pas aller jusqu’au bout : se modérer, rester à mi-chemin, pour conserver intacte la durée qui nous est échue.

La parabole du boucher du prince Hoei donne au principe son image exacte. Sa lame ne s’émousse pas en dix-neuf ans parce qu’il ne « l’attaque pas aux parties dures » : il suit « les lignes naturelles du bœuf », passe « là où il peut passer », et le prince conclut qu’on lui a enseigné « comment on fait durer la vie, en ne la faisant servir qu’à ce qui ne l’use pas ». Vivre selon le yangsheng, ce n’est pas se préserver dans l’inaction, mais agir le long des veines du réel, là où l’effort ne se heurte à rien. On reconnaît la parenté avec le wu-wei : nourrir la vie, c’est l’agir qui ne force pas, appliqué à sa propre durée.

À distinguer de l’inutilité féconde, qui sauve un être de l’extérieur — l’arbre que nul métier ne réclame échappe à la hache. Le yangsheng préserve de l’intérieur : ce n’est pas qu’on ne se rende utile à personne, c’est qu’on ne se laisse pas user par ce qu’on fait. Et il ne se confond pas avec la simple longévité visée pour elle-même : la lame dure parce qu’elle épouse les articulations, non parce qu’elle s’épargne. Yangsheng ≠ ménagement craintif : l’un dépèce tout un bœuf sans une entaille, l’autre n’ose plus trancher de peur de s’ébrécher.

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