chinois · Transversal

Wuji

無極 (wújí)

Le « Sans-Faîte » ou Ultime du Non-être : l'illimité, l'indéterminé d'où Zhou Dunyi (Chou Tun-i) fait procéder le Grand Ultime (taiji), sans l'en séparer. La formule inaugurale de son traité — « l'Ultime du Non-être et aussi le Grand Ultime » — pose les deux d'un même souffle : le wuji n'est pas un vide antérieur ni un autre principe, mais l'aspect insondable, sans bornes et sans forme, du taiji lui-même. « Le Grand Ultime est fondamentalement le Non-ultimate », écrit Zhou. Le terme, emprunté au Laozi, sera l'objet d'une longue controverse entre Zhu Xi et Lu Xiangshan, qui y voyait une concession illégitime au taoïsme.

The Ultimate of Non-being and also the Great Ultimate (T'ai-chi)! [...] The Great Ultimate is fundamentally the Non-ultimate.
Chou Tun-i (Zhou Dunyi), An Explanation of the Diagram of the Great Ultimate, in A Source Book in Chinese Philosophy, Chou Tun-i, An Explanation of the Diagram of the Great Ultimate, sec. 1. Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

« The Ultimate of Non-being and also the Great Ultimate (T’ai-chi)! » — la première phrase du traité de Zhou Dunyi lie d’un seul trait les deux pôles : l’Ultime du Non-être et aussi le Grand Ultime. Le wuji (無極) — le « sans faîte », sans bornes, sans terme — n’arrive pas avant le taiji ; il en est l’envers insondable, ce que l’unité a d’illimité quand on cesse de la mesurer.

Le mot vient du Laozi, où « revenir au sans-faîte » désigne le retour à l’indéterminé originel. Zhou Dunyi le reprend pour dire que le Grand Ultime, tout principe d’ordre qu’il soit, n’a ni forme ni lieu : « le Grand Ultime est fondamentalement le Non-ultimate ». Le faîte suprême et le sans-faîte ne sont pas deux étages de l’être, mais deux noms d’une même réalité — l’un disant la plénitude génératrice, l’autre l’absence de toute limite assignable.

Cette ambiguïté nourrira l’un des grands débats du néo-confucianisme. Zhu Xi soutient que wuji ne fait que qualifier le taiji : sans cela, on prendrait le Grand Ultime pour une chose dotée de figure. Lu Xiangshan riposte que parler de « non-être » trahit Confucius et glisse vers le wu, le non-être cher au tao des taoïstes. La querelle révèle l’enjeu : sauver l’unité sans la réifier.

Le wuji n’est donc pas un néant pur, contrairement au wu taoïste qui peut se penser comme abîme fécond opposé à l’être. Et il n’est pas un principe distinct posé à côté du taiji : il est le taiji nié de toute détermination — l’illimité au cœur même de ce qui ordonne le yin et le yang.

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