chinois · Transversal

Wu-nian

無念 (wúniàn)

La « non-pensée » de Hui-neng : non pas l'arrêt des pensées, mais une pensée qui ne se fixe sur rien. On pense, et l'on ne se laisse pas emporter par ce qui passe dans la pensée. Doctrine centrale du Ch'an de l'éveil subit, où l'esprit reste libre au milieu même de son activité.

Absence-of-thought means not to be carried away by thought in the process of thought. Nonattachment is man's original nature.
Hui-neng (Hui-nêng), The Platform Scripture (Tan-ching), sec. 17. Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

Le mot chinois wu-nian (無念) se traduit littéralement par « non-pensée », mais l’expression piège aussitôt. Hui-neng en fait la doctrine maîtresse de son école — « absence-of-thought has been instituted as the main doctrine » — et il prend soin d’en écarter le contresens : il ne s’agit nullement de faire le vide.

Sa définition est précise : « Absence-of-thought means not to be carried away by thought in the process of thought. Nonattachment is man’s original nature. » On pense toujours ; « thought after thought goes on without remaining ». Ce qui change, c’est qu’aucun instant de pensée ne s’agrippe à son objet. « If one single instant of thought is attached to anything, then every thought will be attached. That is bondage. » Le wu-nian est la pensée qui passe sans se prendre à elle-même.

Hui-neng barre explicitement la lecture quiétiste : « do not stop thinking about everything and eliminate all thought. As soon as thought stops, one dies and is reborn elsewhere. » Vider l’esprit, sombrer dans la torpeur, ce serait manquer le sens. La « self-nature », dit-il, « is not defiled by the many spheres of objects and always remains free and at ease » : elle voit, entend, sent, connaît, et ne se salit de rien.

Le wu-nian est proche du mushin, mais celui-ci qualifie l’acte — l’agir qui ne se dédouble pas d’un témoin —, tandis que le wu-nian qualifie le mouvement même de la pensée. À distinguer de la vacuité d’esprit ou de la torpeur, qui sont l’arrêt des pensées ; et du vide métaphysique, qui nomme une absence dans les choses. La non-pensée n’est pas un esprit éteint : c’est un esprit qui ne se pose nulle part.

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