Dunwu
頓悟 (dùnwù)
L'éveil subit du Ch'an de Hui-neng : la nature de bouddha n'est pas atteinte au terme d'une montée graduelle, elle se reconnaît d'un coup, dès qu'on voit son propre esprit. Non pas un savoir qui s'accumule, mais un retournement instantané où l'on découvre une nature qui était déjà là, pure depuis toujours.
seekers of the Way will be able to achieve perfect wisdom through sudden enlightenment, each to see his own mind, and to become suddenly enlightened through his own original nature.
Le mot chinois dunwu (頓悟) signifie l’éveil « soudain », par opposition à l’éveil « graduel », jianwu (漸悟). Toute la rupture de Hui-neng, sixième patriarche du Ch’an, tient dans cet adverbe. La nature de bouddha ne se gagne pas au bout d’une échelle de degrés ; elle se reconnaît tout entière, en un instant, dès qu’on tourne le regard vers son propre esprit.
Hui-neng raconte sa propre expérience sans détour : « I understood immediately as soon as I heard him, and suddenly realized the original nature of True Thusness. » De là sa promesse pour ceux qui suivent : que les « seekers of the Way will be able to achieve perfect wisdom through sudden enlightenment, each to see his own mind, and to become suddenly enlightened through his own original nature. » Voir son esprit et s’éveiller ne sont pas deux gestes : c’est le même, accompli d’un coup.
Le point délicat est que rien ne s’ajoute. Le subit n’est pas un raccourci vers une acquisition plus rapide ; c’est la reconnaissance que la nature était déjà pure, jamais perdue, et qu’il n’y avait donc rien à construire par étapes. Hui-neng le précise lui-même : « in method there is no distinction between sudden enlightenment and gradual enlightenment » — la différence n’est pas dans la voie, mais dans l’homme, selon qu’il est lent ou prompt à reconnaître ce qui est là.
Le dunwu est cousin du satori japonais et du kenshō, « voir sa nature » — mais ceux-ci portent l’ancrage du Zen japonais et de sa pratique codifiée. À distinguer surtout de l’éveil graduel de l’école du Nord : là on polit le miroir sans relâche pour en chasser la poussière ; ici l’on découvre qu’il n’y eut jamais de miroir à polir. Le graduel est une ascension ; le dunwu, un retournement.