chinois · Transversal

Shi-shi-wuai

事事無礙 (shìshì wú'ài)

La non-obstruction mutuelle de tous les phénomènes, sommet de la métaphysique Hua-yen de Fa-tsang : chaque chose contient toutes les autres et entre en chacune, sans que rien ne se fasse obstacle. Un en tout, tout en un. Le lion d'or sert d'image : dans chaque poil, le lion entier, et l'infini des lions dans un seul poil.

in each and every hair there are an infinite number of lions, and in addition all the single hairs, together with their infinite number of lions, in turn enter into a single hair. In this way the geometric progression is infinite, like the jewels of Celestial Lord Indra's net. This is called the gate of the realm of Indra's net.
Fa-tsang, Treatise on the Golden Lion, sec. 7 (la porte du filet d'Indra). Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

Le terme chinois shi-shi-wuai (事事無礙) désigne la « non-obstruction entre phénomène et phénomène ». C’est l’étage le plus haut de l’école Hua-yen : non seulement le principe et les faits s’accordent sans heurt, mais les faits eux-mêmes — toutes les choses singulières — se pénètrent mutuellement sans que jamais l’un fasse obstacle à l’autre.

Fa-tsang ne l’expose pas par concepts mais par une statue : un lion d’or. « In each of the lion’s eyes, ears, limbs, joints, and in each and every hair, there is the golden lion. » Et il pousse l’image jusqu’au vertige : « in each and every hair there are an infinite number of lions, and in addition all the single hairs, together with their infinite number of lions, in turn enter into a single hair. » La progression est sans fin, « like the jewels of Celestial Lord Indra’s net », ce filet où chaque joyau reflète tous les autres et le reflet de tous les autres, à l’infini.

L’accent porte sur la plénitude, non sur le manque. Le lion n’est qu’or, sans nature propre, et c’est précisément parce qu’aucune chose ne se tient par elle-même qu’elles peuvent toutes s’interpénétrer. La vacuité n’est pas ici un creux mais la condition d’un monde entièrement transparent à lui-même, « un et tout » à chaque point.

Le shi-shi-wuai se distingue de la vacuité bouddhique prise seule : le śūnyatā dit que rien n’a de nature propre ; le Hua-yen en tire la conclusion plénière de l’interpénétration de tout en tout. Il ne se confond pas davantage avec le principe néo-confucéen, qui hiérarchise li et qi : l’étape li-shi (principe et fait) est ici dépassée par le shi-shi, où ce sont les faits entre eux, sans médiation du principe, qui se contiennent l’un l’autre.

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