Satori
悟 (satori)
Dans le Zen, le satori est l'éveil : la vision soudaine et intuitive qui voit dans une chose, fût-ce le plus banal. Il ne désigne pas un saut unique de la conscience ordinaire vers la pleine illumination, mais le retournement par lequel le regard cesse de chercher pour enfin voir. Synonyme du chinois tun-wu (éveil subit) et proche du kenshō, « voir sa propre nature ».
Satori really designates the sudden and intuitive way of seeing into anything, whether it be remembering a forgotten name or seeing into the deepest principles of Buddhism.
Alan Watts coupe court à l’imagerie du grand soir mystique : « Satori really designates the sudden and intuitive way of seeing into anything, whether it be remembering a forgotten name or seeing into the deepest principles of Buddhism. » Le satori — 悟, l’éveil — n’est pas une autre chose qu’on attraperait au bout de l’effort. C’est la qualité même du voir quand il devient subit.
Watts y insiste : il ne faut pas tenir le satori pour un saut unique de la conscience commune vers l’éveil sans reste. Le même mouvement opère qu’il s’agisse de retrouver un nom oublié ou de pénétrer le fond du Dharma : on cherche, on cherche, on ne trouve pas — puis on lâche, et la chose vient d’elle-même. C’est le chinois tun-wu, l’éveil subit, traduit en japonais par satori. Non que le satori arrive vite, précise Watts : la vitesse n’y est pour rien. Le Zen se nomme voie de l’éveil instantané parce qu’il libère du temps, non parce qu’il presse le pas.
D’où la défiance Zen envers le satori qu’on poursuit : chez Dōgen, on s’assied « juste pour s’asseoir », sans aucune intention d’avoir le satori. Un maître va jusqu’à dire que le moine qui tient un satori file en enfer comme une flèche. Le satori prolonge ainsi le non-esprit — il advient quand l’esprit cesse de se saisir lui-même.
Satori ≠ extase émotionnelle. L’éveil n’est pas un soulagement affectif ni un « uplift » qui retombe : c’est un retournement durable du regard, pas un pic de sentiment.