Mushin
無心 (mushin)
Le « non-mental » du Zen : un agir qui ne se double pas, au même instant, d'un regard porté sur lui de l'extérieur. Non pas l'absence de pensée, mais la pensée qui n'essaie plus de se contrôler en train de penser. Le terme chinois wu-hsin (japonais mushin) qualifie l'esprit véritable comme « non-esprit » : ce qui ne se laisse ni saisir ni manier comme un objet.
Wu-hsin is action on any level whatsoever, physical or psychic, without trying at the same moment to observe and check the action from outside.
Alan Watts pose la formule sans détour : « Wu-hsin is action on any level whatsoever, physical or psychic, without trying at the same moment to observe and check the action from outside. » Le wu-hsin chinois — mushin en japonais, 無心, littéralement « non-cœur » ou « non-esprit » — est un agir qui ne se dédouble pas. On fait, sans en même temps se regarder faire.
Watts insiste : ce n’est « by no means an anti-intellectualist exclusion of thinking ». Le mushin n’est pas la tête vide ni l’arrêt des pensées. Le défaut visé est précis : vouloir agir et surveiller son action du dehors au même moment, ce qui revient à confondre l’esprit avec l’idée qu’il se fait de lui-même — une boucle, comme la phrase qui parle d’elle- même et se mord la queue.
C’est pourquoi le Zen, rapporte Watts, se décrit comme « no-mind » : le véritable esprit est no-mind, non pas à manier « as a thing to be grasped and controlled ». Vouloir purifier son esprit, c’est déjà se salir de pureté ; le travailler du dehors est un cercle vicieux. Le tireur à l’arc de Herrigel ne touche la cible que lorsque la flèche « se tire elle-même », corde lâchée wu-hsin — sans esprit, sans blocage. Des années d’exercice, pour que le geste enfin se passe de surveillant.
Le mushin prolonge ainsi le wu-wei taoïste du côté de l’esprit, et son fond de naturel : on n’est pas libre quand l’aisance résulte d’un effort. À distinguer du vide métaphysique : mushin ne nomme pas une absence dans les choses, mais une qualité de l’acte — l’esprit qui n’a pas pris l’habitude de se doubler d’un témoin.