La souveraineté kogi ou l'art de ne pas gouverner le monde
Portrait d'Organisation Gonawindúa Tayrona : l'autonomie territoriale comme éthique de la non-intervention
Une cartographie du refus
Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, la Sierra Nevada de Santa Marta n’est pas un espace à administrer, mais un organisme vivant dont les règles de fonctionnement échappent aux catégories occidentales de gestion territoriale. Le document publié en 2012 ne propose pas un plan d’action, mais une déclaration de principes : le territoire kogi ne saurait être soumis à des logiques extérieures, fussent-elles celles de la protection environnementale. Cette position, qui pourrait sembler paradoxale pour des observateurs habitués à l’idée de conservation participative, s’enracine dans une conception particulière de la souveraineté.
L’organisation observe que les tentatives de collaboration avec les institutions étatiques ou les organismes de conservation ont souvent conduit à une dilution des principes autochtones. Les accords signés depuis les années 1980, bien que présentés comme des avancées, ont systématiquement sous-estimé la dimension spirituelle du territoire. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, ces partenariats ont eu pour effet de transformer des sites sacrés en objets de négociation, réduisant leur statut à celui de simples zones à protéger plutôt que de lieux où s’exerce une gouvernance propre.
Les trois piliers d’une gouvernance invisible
Le document identifie trois composantes fondamentales de l’aménagement territorial selon la vision kogi. La première concerne l’organisation spatiale à travers des entités géographiques spécifiques. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, chaque élément du relief – notamment les sommets – constitue un espace sacré doté de règles propres. Ces lieux ne sont pas isolés, mais interconnectés, formant un réseau où s’articulent les normes d’usage et de préservation. La gestion de ces espaces relève d’une connaissance transmise aux autorités traditionnelles, chargées d’en assurer le maintien selon des critères qui ne se limitent pas à la biodiversité, mais englobent l’ensemble des relations entre les êtres vivants.
La deuxième composante touche à l’organisation sociale et politique. L’organisation décrit une structure fondée sur des lignées spécifiques, qui déterminent les fonctions et les responsabilités au sein de la communauté. Ces lignées définissent des juridictions et des rôles, notamment ceux des autorités traditionnelles, qui exercent une surveillance et un contrôle sur le territoire. Cette organisation ne se superpose pas aux divisions administratives modernes, mais les englobe dans une logique où le politique, le social et le culturel sont indissociables.
La troisième composante aborde les principes de production et de consommation. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les activités économiques ne peuvent être dissociées des sites sacrés. Le document souligne que les modes de production, de conservation et de consommation des aliments sont régis par des règles qui intègrent une dimension spirituelle. Ces principes visent à maintenir un équilibre entre les besoins humains et la préservation des écosystèmes, sans recourir aux catégories occidentales de développement durable ou de gestion des ressources.
La méthodologie comme acte de résistance
espagnol Enfoque Metodológico La metodología para la formulación del POMCA del río Cañas se basa en la Visión ancestral para el ordenamiento del territorio de los pueblos indígenas de la Sierra Nevada de Santa Marta, que contiene los principios y fundamentos para la conservación de la naturaleza, para el uso y manejo integrado del territorio, a partir de los sitios sagrados.
français Approche méthodologique
La méthodologie pour l’élaboration du POMCA de la rivière Cañas s’appuie sur la Vision ancestrale pour l’aménagement du territoire des peuples autochtones de la Sierra Nevada de Santa Marta, laquelle renferme les principes et fondements de la conservation de la nature, de l’usage et de la gestion intégrée du territoire, à partir des sites sacrés.
Cette citation révèle l’essence même de la démarche kogi. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, la méthodologie proposée pour l’aménagement de la rivière Cañas ne se contente pas d’intégrer des savoirs autochtones dans un cadre préexistant. Elle inverse la logique : c’est la vision ancestrale qui devient le cadre de référence, et non l’inverse. Le document insiste sur le fait que cette approche n’est pas une adaptation, mais une réaffirmation de principes qui préexistent à toute tentative de collaboration avec les institutions extérieures.
L’organisation souligne que cette méthodologie repose sur une unité fondamentale : rien, dans le territoire, n’est dissocié de sa dimension spirituelle. Les sites sacrés ne sont pas des points isolés sur une carte, mais des nœuds d’un réseau qui relie l’ensemble des éléments du territoire. Cette vision implique que toute intervention, même motivée par des objectifs de conservation, doit être évaluée à l’aune de son impact sur cet équilibre global. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les projets de gestion environnementale menés par des acteurs extérieurs ont souvent ignoré cette dimension, conduisant à des déséquilibres qui dépassent la simple dégradation écologique.
L’échec des compromis institutionnels
Le document retrace l’histoire des relations entre les peuples autochtones de la Sierra Nevada et les institutions colombiennes. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les avancées juridiques, comme la création de réserves indigènes dans les années 1980, ont marqué une reconnaissance formelle du territoire, mais n’ont pas permis une véritable autonomie. Les accords signés avec les autorités environnementales, bien que présentés comme des succès, ont souvent servi à légitimer des interventions extérieures plutôt qu’à renforcer la gouvernance autochtone.
L’organisation observe que les tentatives de concertation, comme celles menées dans le cadre du Conseil environnemental régional, ont systématiquement sous-estimé la complexité de la vision kogi. Les institutions ont tendance à réduire les principes autochtones à des éléments culturels ou symboliques, sans reconnaître leur caractère opérationnel. Par exemple, les sites sacrés sont souvent perçus comme des lieux de culte, alors qu’ils constituent, selon Organisation Gonawindúa Tayrona, des centres de gouvernance où se prennent des décisions concrètes sur l’usage du territoire.
Le document mentionne également les limites des outils juridiques modernes. La notion de “Línea Negra”, qui délimite le territoire sacré, est reconnue par la législation colombienne, mais son application reste superficielle. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les institutions n’ont pas su intégrer cette notion dans leurs politiques, se contentant de l’invoquer comme un symbole plutôt que comme un cadre contraignant.
Une souveraineté par l’absence
La thèse défendue par Organisation Gonawindúa Tayrona est radicale : la souveraineté kogi s’exerce précisément par le refus de toute ingérence extérieure. Cette position ne relève pas d’un isolationnisme, mais d’une éthique de la non-intervention. Selon l’organisation, le territoire n’a pas besoin d’être “géré” ou “protégé” par des acteurs extérieurs, car il possède ses propres mécanismes d’équilibre. Les autorités traditionnelles, en maintenant les connexions entre les sites sacrés, assurent la préservation de cet équilibre sans recourir aux outils de la conservation moderne.
Cette vision remet en cause les fondements mêmes des politiques environnementales. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les projets de conservation menés par des institutions extérieures sont souvent contre-productifs, car ils perturbent les dynamiques internes du territoire. Par exemple, les mesures de protection des bassins versants, bien que motivées par des objectifs écologiques, peuvent entrer en conflit avec les règles autochtones d’usage des sols. Le document souligne que ces interventions, même bien intentionnées, risquent de déséquilibrer un système qui fonctionne selon des logiques différentes.
Le territoire comme organisme vivant
Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, la Sierra Nevada n’est pas un espace à administrer, mais un être vivant dont les différentes parties sont interconnectées. Cette vision implique que toute intervention sur une zone spécifique a des répercussions sur l’ensemble du territoire. Les sites sacrés, en particulier, jouent un rôle central dans cette dynamique. Ils ne sont pas des lieux de culte au sens occidental, mais des points névralgiques où se maintient l’équilibre du monde.
L’organisation insiste sur le fait que cette vision n’est pas une métaphore, mais une réalité opérationnelle. Les décisions concernant l’usage du territoire sont prises en fonction de cette interconnexion. Par exemple, l’exploitation d’une ressource dans une zone donnée doit être évaluée en fonction de son impact sur les sites sacrés et sur les autres parties du territoire. Cette approche dépasse les catégories modernes de gestion des ressources, car elle intègre des dimensions spirituelles et relationnelles qui échappent aux outils conventionnels.
La non-intervention comme pratique politique
La position d’Organisation Gonawindúa Tayrona peut être interprétée comme une forme de résistance passive, mais elle relève en réalité d’une pratique politique active. En refusant toute ingérence extérieure, l’organisation affirme que la gouvernance autochtone n’a pas besoin de validation externe. Cette posture ne signifie pas un rejet de tout dialogue, mais une exigence : que les institutions reconnaissent la légitimité des principes autochtones sans chercher à les adapter à leurs propres cadres.
Le document souligne que cette exigence n’est pas négociable. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les tentatives de collaboration ont souvent conduit à une dilution des principes autochtones, les transformant en simples éléments culturels plutôt qu’en fondements d’une gouvernance autonome. L’organisation observe que les institutions ont tendance à instrumentaliser les savoirs autochtones, les réduisant à des outils au service de leurs propres objectifs. Par exemple, les sites sacrés sont souvent présentés comme des atouts touristiques ou des zones à protéger, plutôt que comme des centres de décision.
Une éthique de la relation
La vision défendue par Organisation Gonawindúa Tayrona repose sur une éthique de la relation, où chaque élément du territoire est lié aux autres. Cette approche implique que toute intervention doit être évaluée en fonction de son impact sur l’ensemble du système, et non sur une zone isolée. Selon l’organisation, cette logique est incompatible avec les méthodes de gestion modernes, qui tendent à segmenter le territoire en unités administratives distinctes.
Le document souligne que cette éthique de la relation ne se limite pas aux êtres humains, mais englobe l’ensemble des éléments du territoire, y compris les plantes, les animaux et les entités spirituelles. Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, cette vision est essentielle pour maintenir l’équilibre du monde. Les autorités traditionnelles, en maintenant les connexions entre les sites sacrés, assurent la préservation de cet équilibre sans recourir aux outils de la conservation moderne.
Conclusion : le silence comme acte de souveraineté
Le document publié par Organisation Gonawindúa Tayrona en 2012 ne propose pas de solutions, mais une déclaration de principes. En refusant toute ingérence extérieure, l’organisation affirme que la souveraineté kogi ne se négocie pas. Cette position, qui peut sembler radicale, relève d’une éthique de la non-intervention où le territoire est perçu comme un organisme vivant doté de ses propres mécanismes d’équilibre.
Selon Organisation Gonawindúa Tayrona, les tentatives de collaboration avec les institutions extérieures ont souvent conduit à une dilution des principes autochtones. Le document souligne que la véritable autonomie ne peut être atteinte que par le refus de toute ingérence, y compris écologique. Cette vision remet en cause les fondements mêmes des politiques environnementales modernes, en affirmant que le territoire n’a pas besoin d’être “géré” ou “protégé” par des acteurs extérieurs, mais qu’il possède ses propres règles de fonctionnement.
En définitive, la voix d’Organisation Gonawindúa Tayrona propose une redéfinition radicale de la souveraineté. Elle ne s’exerce pas par l’accumulation de pouvoir, mais par le refus de toute intervention extérieure. Cette éthique de la non-intervention, loin d’être un repli, constitue une pratique politique active, où le silence et l’absence deviennent des actes de résistance.
Sources citées
- Organisation Gonawindúa Tayrona, Ogt Lineamientos Ordenamiento Territorio Snsm 2012, éd. Coordinadora Andina de Organizaciones Indígenas (CAOI), Lima, 2010, trad. rendu français maison (texte espagnol, courtes citations attribuées).