chinois · Transversal

Zhong 忠

忠 (zhōng)

La loyauté au sens confucéen : non l'obéissance à un supérieur, mais le plein-développement de soi, la fidélité au meilleur de sa propre nature. Le *zhong* forme couple avec *shu* 恕, la réciprocité : ensemble, *zhong-shu* résument le « fil unique » (*yi guan*) qui traverse toute la doctrine de Confucius. Là où le *shu* regarde autrui, le *zhong* en est le fondement intérieur. Le *zhong* n'est pas la sujétion à un maître ≠ le *shu*, dont il est la substance et non l'application.

Confucius said, "Shen, there is one thread that runs through my doctrines." Tseng Tzu said, "Yes." After Confucius had left, the disciples asked him, "What did he mean?" Tseng Tzu replied, "The Way of our Master is none other than conscientiousness (chung) and altruism (shu)."
Confucius, Analects, in A Source Book in Chinese Philosophy, Analects 4:15. Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

« There is one thread that runs through my doctrines… The Way of our Master is none other than conscientiousness (chung) and altruism (shu). » — Confucius dit à son disciple Shen qu’un seul fil court à travers tout son enseignement. Le Maître parti, les autres demandent le sens de ces mots ; Tseng Tzu répond : ce fil n’est rien d’autre que le zhong et le shu. La traduction anglaise est celle de Wing-tsit Chan, qui rend le texte primaire des Analectes par conscientiousness pour le zhong.

Le zhong (忠) ne désigne pas, comme on le croit souvent, la fidélité d’un sujet à son prince. Le caractère associe le cœur (xin) à ce qui est centré, ajusté : être zhong, c’est être plein de soi, accordé au meilleur de sa propre nature. Les commentateurs néo-confucéens le précisent — pour Chu Hsi, le zhong est le « plein développement de l’esprit originellement bon » ; pour Ch’eng I, il est la Voie du Ciel, dont le shu est la voie de l’homme. L’un est la substance, l’autre sa mise en œuvre.

C’est pourquoi le zhong précède le shu sans s’y réduire. On est d’abord ajusté à soi — fidèle au centre — avant de rayonner vers autrui en se prenant pour mesure. Le « fil unique » (yi guan) que Tseng Tzu reconnaît n’est pas une règle de plus parmi les rites ou les préceptes : c’est le double mouvement, vers le dedans puis vers le dehors, qui anime toute la conduite. Établir son propre caractère, et par là établir celui des autres : tel est le tracé du fil.

Le zhong n’est donc pas l’obéissance à un supérieur, qui regarde vers le haut : il regarde vers le centre de soi. Et il n’est pas le shu, qui regarde vers autrui : sans la fidélité intérieure qui sert d’étalon, la réciprocité n’aurait rien à mesurer. La loyauté tient le centre ; la réciprocité en trace le pourtour.

← retour au lexique