Yi
義 (yì)
Le juste, la droiture : la vertu confucéenne du devoir-conforme, ce qui doit être fait parce que c'est ce qui convient, indépendamment du gain qu'on en retire. Le *yi* est la rectitude appliquée à la situation — l'acte ajusté à ce que la circonstance réclame, et non au profit qu'elle promet. Confucius en fait la ligne de partage entre l'homme de bien et l'homme de peu : l'un mesure une conduite à sa justesse, l'autre à son rendement. Mencius le portera plus loin, en faisant du *yi* l'une des quatre vertus innées, qui croît du sentiment de honte et de répugnance. Le *yi* n'est pas le *ren*, l'humanité du cœur, mais sa rigueur dans l'action ; il n'est pas le profit *li* 利, qui l'inverse ; il n'est pas non plus le rite, forme extérieure dont il est la justesse intérieure. (Le confucianisme n'a pas d'entrée propre dans la nomenclature : ce terme y est classé comme transversal.)
The superior man understands righteousness (i); the inferior man understands profit.
« The superior man understands righteousness (i); the inferior man understands profit. » — L’homme de bien comprend le juste ; l’homme de peu comprend le profit. En une phrase, Confucius trace la frontière qui sépare deux manières d’habiter le monde. Devant une action, l’un demande : est-ce conforme à ce qui doit être ? ; l’autre : qu’est-ce que j’y gagne ? Le yi (義), c’est cette première question tenue pour souveraine.
Le mot ne désigne pas une liste de devoirs mais une justesse : l’ajustement de la conduite à ce que la situation réclame. Là où le ren est l’humanité comme inclination du cœur, le yi en est la rigueur dans l’acte — ce qui fait qu’on tient parole quand il serait commode de la trahir, qu’on refuse un avantage acquis de travers. Zhu Xi associera plus tard le yi au principe du ciel, et le profit aux seules affections de l’homme : agir par yi, c’est suivre l’ordre des choses plutôt que la pente de l’intérêt.
Mencius radicalise. Pour lui le yi n’est pas appris du dehors mais germe au- dedans, à partir du sentiment de honte et de répugnance devant le déshonorant — l’un des quatre « commencements » de la nature bonne. On ne devient pas juste en calculant ; on le devient en cultivant cette racine déjà donnée. Le yi a sa source dans l’homme, comme le cheng, la sincérité réalisante, a la sienne dans le ciel.
Le yi n’est pas le profit li 利, son contraire exact : qui mesure ses actes au gain « aura beaucoup d’ennemis », dit Confucius. Il n’est pas non plus le ren, qui est l’amour des hommes : le yi en est la forme exigeante, ce qui empêche la bonté de se dissoudre en complaisance. Le juste, c’est l’humanité quand elle accepte de coûter.