chinois · Transversal

Junzi

君子 (jūnzǐ)

L'homme de bien, la personne accomplie — littéralement « fils de prince », mais que Confucius arrache à la naissance pour en faire un titre moral. Wing-tsit Chan le rend par « the superior man » : non l'aristocrate de sang, mais celui qui s'est élevé par la culture de soi. Le *junzi* se reconnaît à ce qu'il vise — la vertu plutôt que les biens, le juste plutôt que le profit, le blâme en soi plutôt qu'en autrui. Confucius le définit toujours par contraste avec le *xiaoren* 小人, l'homme de peu, qui mesure tout à son avantage. La noblesse, dans cette langue, cesse d'être héritée : elle se gagne. Le *junzi* n'est pas le noble par le sang ; il n'est pas le *xiaoren*, son exact opposé moral. (Le confucianisme n'a pas d'entrée propre dans la nomenclature : ce terme y est classé comme transversal.)

The superior man thinks of virtue; the inferior man thinks of possessions. The superior man thinks of sanctions; the inferior man thinks of personal favors.
Confucius, Analects, in A Source Book in Chinese Philosophy, Analects 4:11. Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

« The superior man thinks of virtue; the inferior man thinks of possessions. » — L’homme de bien pense à la vertu ; l’homme de peu, à ce qu’il possède. À chaque fois qu’il nomme le junzi, Confucius le dresse contre son ombre, le xiaoren, l’homme de peu. Et le partage ne passe jamais par le rang ou la fortune : il passe par ce vers quoi penche le cœur.

Le mot junzi (君子) signifiait d’abord « fils de prince », l’homme bien né. Confucius opère un déplacement décisif : il garde le mot, mais en change la condition. Désormais est junzi non celui qui descend d’une lignée noble, mais celui qui s’est fait noble par la culture de soi — par l’étude, la maîtrise des rites, la fidélité au juste contre le profit. C’est l’une des révolutions silencieuses des Analectes : la noblesse devient un travail, non un héritage.

On reconnaît le junzi à des marques constantes. Il « cherche en lui-même » l’occasion de s’amender, là où l’homme de peu cherche le tort chez autrui. Il est « large d’esprit sans être partisan ». Il agit avant de parler, puis parle selon ses actes. Il pratique la réciprocité et porte l’humanité comme une tâche jamais finie. Sa supériorité n’est pas de puissance mais d’exigence : il se demande plus à lui-même qu’aux autres.

Le junzi n’est pas le noble de sang, dont Confucius retourne le titre contre le privilège. Il n’est pas non plus le xiaoren, l’homme de peu : non que celui-ci soit pauvre ou de basse extraction, mais parce qu’il rapporte tout à son avantage. Entre les deux, nulle barrière de naissance — seulement la direction du regard, tourné vers la vertu ou vers le gain.

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