chinois · Transversal

Xing-e

性惡 (xìng è)

La thèse de Xunzi opposée à celle de Mencius : la nature humaine est mauvaise, et sa bonté est un acquis. Livré à ses penchants — le gain, l'envie, le désir des sens —, l'homme verse dans la rapacité et le désordre ; le bien n'est pas un germe natif mais le produit d'un travail, de l'éducation, des rites et des lois qui redressent la nature comme on courbe le bois tordu.

The nature of man is evil; his goodness is the result of his activity.
Xunzi (Hsün Tzu), The Hsün Tzu, in A Source Book in Chinese Philosophy, ch. 23, « The Nature of Man is Evil ». Princeton University Press, 1963 · trad. Wing-tsit Chan

« The nature of man is evil; his goodness is the result of his activity. »Xing (性) est la nature, ce qu’un être est de naissance ; e (惡), le mauvais. La formule ouvre le chapitre 23 d’un seul trait, sans précaution : ce que l’homme apporte en naissant n’est pas bon.

Le mot décisif est le second membre : activity. Le terme chinois est wei (偽), que les commentateurs glosent comme « l’activité de l’homme », ce qui est fait et non donné par la nature. La bonté est donc une œuvre, pas une dotation. « Crooked wood must be heated and bent before it becomes straight » : le bois tordu se redresse sous l’effort, jamais de lui-même.

L’argument se déploie en politique morale. Suivre la nature mène au gain, à l’envie, à la débauche ; il faut donc « the civilizing influence of teachers and laws » et la conduite des rites et de la droiture pour la réformer. Les sages-rois d’antiquité, sachant la nature mauvaise, ont créé les rites et les institutions pour la corriger. Le mal n’est pas une fatalité : c’est un point de départ, et tout le travail consiste à en sortir.

Le xing-e ≠ le xing-shan de Mencius. Pour Mencius la bonté est le penchant natif que la négligence ruine ; pour Xunzi elle est le résultat que l’effort construit — deux thèses inverses sur la même nature. Le xing-e ≠ aussi le péché originel chrétien : il n’y a chez Xunzi ni faute héritée ni rédemption par la grâce, mais un défaut corrigible par l’éducation et la loi. L’homme n’est pas déchu ; il est brut, et perfectible par sa propre œuvre — l’exact envers des Quatre Commencements que Mencius disait gravés dans le cœur dès la naissance.

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