Vairāgya
वैराग्य (vairāgya)
Le détachement, ou dispassion : l'indifférence intérieure à tout ce qui passe, des plaisirs des sens jusqu'aux récompenses célestes. Seconde des quatre dispositions du Vedānta, vairāgya prolonge le discernement (viveka) : ayant vu que l'impermanent ne peut combler, on cesse de s'y attacher. Ce n'est pas un effort de privation, mais le désintérêt qui suit naturellement la lucidité.
La libertà dalle passioni è il non badare a cosa può essere visto e udito ecc. in tutto ciò che è impermanente, dal corpo fino ai più alti stati paradisiaci.
« La liberté à l’égard des passions, c’est de ne plus se soucier de ce qui peut être vu, entendu, etc., dans tout ce qui est impermanent, du corps jusqu’aux plus hauts états célestes. » Aussitôt après avoir défini le discernement, Śaṅkara nomme vairāgya la seconde des quatre dispositions. Le mot vient de rāga, la teinte, la coloration affective qui fait adhérer aux objets ; vi-rāga, c’est le décolorement, l’esprit qui ne se laisse plus teinter.
Le détachement védantique n’est donc pas une volonté de se priver, mais la suite logique du discernement : qui a vu que rien d’impermanent ne peut combler cesse de s’y agripper, sans avoir à se contraindre. Et l’indifférence va loin — elle ne vise pas seulement les plaisirs grossiers, mais « les plus hauts états célestes », c’est-à-dire jusqu’aux récompenses spirituelles que l’on pourrait convoiter. Tant qu’on poursuit un fruit, fût-il céleste, on reste lié. Vairāgya rejoint ici l’action désintéressée du nishkama-karma : agir, mais sans saisir le résultat.
Vairāgya ≠ dégoût du monde ni dépression. Le dégoût reste captif de l’objet qu’il fuit, encore coloré par lui en négatif ; le détachement ne fuit rien, il a simplement cessé de teindre. Et vairāgya ≠ l’apatheia stoïcienne : le Stoïcien éteint la passion pour vivre conforme à la raison et à la nature, sans quitter le monde ; le renonçant védantique se détache de l’impermanent même réussi, pour se rendre libre en vue de la délivrance (moksha).