Nishkama-karma
niṣkāma-karma
L'action sans désir du fruit. Cœur opératoire du karma-yoga : accomplir l'œuvre prescrite en renonçant non pas à l'acte mais à l'attente de sa récompense. La Gîtâ y voit la condition de la liberté — celui qui agit ainsi n'est pas enchaîné par ce qu'il fait, parce que rien en lui ne réclame le résultat.
Sois attentif à l’accomplissement des œuvres, jamais à leurs fruits ; ne fais pas l’œuvre pour le fruit qu’elle procure, mais ne cherche pas à éviter l’œuvre.
Le terme se compose par négation : niṣ- (sans, privation) appliqué à kāma (le désir), suivi de karma (l’acte). Mot à mot, « l’acte sans désir ». Le désir nié n’est pas n’importe lequel : c’est la convoitise du fruit, l’attachement au résultat de ce qu’on entreprend. La Gîtâ ne demande pas d’agir mollement ni au hasard — elle demande d’agir pleinement tout en lâchant la main qui voudrait saisir l’issue.
Le verset énonce un équilibre fragile, tenu entre deux écueils. D’un côté, l’œuvre faite « pour le fruit qu’elle procure » : l’action intéressée, qui enchaîne celui qui la commet aux conséquences qu’il guettait. De l’autre, l’inaction par dégoût ou par fatigue : « ne cherche pas à éviter l’œuvre ». Le chemin passe entre les deux. Plus loin, Krishna le redit des yôgîs : ils « opèrent l’œuvre sans en désirer le fruit, pour leur propre purification ».
À distinguer du kama, le désir lui-même, que la Gîtâ nomme ailleurs l’ennemi du sage. Le nishkama-karma n’éteint pas tout mouvement de l’âme ; il retranche précisément l’appétit du résultat. À distinguer aussi du karma-yoga : celui-ci est la voie, celui-là le geste intérieur qui la rend praticable. On ne pratique pas le karma-yoga en faisant autre chose que du nishkama-karma.